La Maison du lac
Piz sortit de la voiture, en fit le tour, puis ouvrit à Veronica. Cet endroit avait de l’emprise sur elle. Il la prit par la main et la conduisit à l’intérieur. Il posa un regard plein de tendresse sur elle. Elle se sentit bien.
PIZ – Ferme les yeux s’il te plaît!
Veronica, quelque peu intriguée, s’exécuta.
PIZ – Vas-y, ouvre-les!
Veronica resta bouche bée. Elle passa le seuil de la porte et regarda partout autour d’elle. Sur le sol jonchaient des pétales de roses. Des bouquets de roses garnissaient la pièce. Il y en avait tellement que l’odeur de celles-ci embauma son cœur.
VERONICA – Mais c’est, c’est… C’est magnifique. Tu es adorable. Merci.
Elle déposa ses lèvres sur les siennes.
Piz la serra plus fort. Leur baiser devint de plus en plus intense. Pris dans leur étreinte, ils se laissèrent glisser sur le sol.
Piz caressait chaque partie du corps de Veronica comme si c’était la première fois. Il était très tendre, doux. Il ne précipitait rien et comme à son habitude se laissa guider par Veronica. Comme pour ne pas la brusquer ou l’offenser. Veronica déboutonnait un à un les boutons de sa chemise. Elle découvrait son torse de ses lèvres, son corps était chaud. Impatient. Piz parcourait de sa main les courbes de Veronica. Leurs souffles s’intensifièrent, leurs baisers, leurs corps ne faisaient plus qu’un. Ils ne purent réprimer un tendre gémissement.
Sur le parquet, une couverture sur le dos, Piz dormait profondément. Les rayons de soleil qui transperçaient la pièce avaient sorti Veronica de son sommeil. Elle attrapa ses vêtements et se dirigea vers la porte. La porte grinça. Assise sur la balancelle de la terrasse, Veronica sourit face au spectacle qui se dressait devant elle.
Pas un bruit. Une petite brise vint lui caresser le visage. Elle se sentait bien. Piz avait très bien choisi l’endroit, se dit-elle. Dans un sourire, elle repensa à la nuit qu’elle venait de passer. Agréable. Un peu subjectif, pensa-t-elle. Elle ne pouvait pas dire que cette nuit avait été torride, passionnelle. C’était différent et très agréable, pensa-t-elle avec un sourire coquin.
Piz venait de se réveiller. Il avait aperçu Veronica sur la terrasse.
VERONICA – Hey!
PIZ – Bonjour ma beauté!
Il lui tendit un café, un sourire sur les lèvres.
VERONICA – Bonjour vous!
PIZ – Tu aimes?
VERONICA – Qui? quoi? s'étonna-t-elle pensant l'avoir mal compris.
PIZ – Cet endroit.
VERONICA – Beaucoup, c’est exactement l’endroit qu’il me fallait.
Elle se reprit :
VERONICA – Qu’il nous fallait.
Il s’approcha de Veronica et lui chuchota:
PIZ – Je suis ravi que ça te plaise et au vu de cette nuit...
Il ne put continuer sa phrase : le téléphone de Veronica sonna.
Veronica se leva aussitôt. Piz l’attrapa par le bras.
PIZ – N’y va pas, dit-il, doux et froid à la fois.
VERONICA – C’est peut-être important, dit-elle retirant son bras.
PIZ – Rien ne change à ce que je vois.
Veronica ne l’écouta pas et se dirigea vers son téléphone.
VERONICA – Oui, allô?
KEITH – Bonjour ma chérie, désolé de te déranger, mais pourrais-tu passer au bureau ce soir, disons vers 18h?
VERONICA – Tout va bien?
KEITH – Oui, oui…. mentit-il.
Il venait de recevoir un appel de Mac. Celle-ci était de plus en plus troublée par une lettre qu’elle venait de recevoir.
Keith ne voulait pas inquiéter Veronica plus que ça. Ils verraient cela ensemble ce soir.
Piz n’avait pas bougé. Elle s'approcha, un sourire un peu contrit sur le visage.
VERONICA – C’était mon père.
PIZ – C’est sans importance. Laisse tomber. Un petit tour sur le lac ça te dit? demanda-t-il en souriant.
Comme pour éviter toute confrontation, il n’avait pas voulu parler de ce petit incident. Cette journée devait être synonyme d’amour. Rien d’autre.
Veronica lui fit un signe de la tête.
Une fois habillés, ils se dirigèrent vers le ponton. Piz s’était armé de la tenue du parfait pêcheur, ce qui fit beaucoup rire Veronica. Il lui tendit la main.
PIZ – Si mademoiselle veut bien se donner la peine de prendre place !
Veronica lui fit une révérence de la tête et s’assit.
Il faisait vraiment très beau. Et le soleil lui réchauffa le cœur : la réaction de Piz tout à l’heure l’avait quelque peu chagrinée.
Elle secoua la tête.
VERONICA – Allez matelot, plus vite, dit-elle tout en l’arrosant.
PIZ – Pourquoi, vite… Serais-tu pressée? Quelqu’un t’attend-t-il quelque part?
Veronica, vexée, prit une grande respiration pour ne pas répondre. Elle le regarda, souriante.
VERONICA – Oui : le poisson.
PIZ se mit à rire.
PIZ – Tu sais pêcher?
VERONICA – Bien entendu. Mon père m’y emmenait souvent avant…
PIZ- Dis-moi, y a-t-il quelque chose que tu ne sais pas faire?
Elle fit mine de se frotter le menton comme si elle réfléchissait.
VERONICA – Le bon café!
Ils rirent tous les deux.
PIZ – C’est très difficile de briller à tes côtés, et de t’épater...
VERONICA – Je ne vois pas pourquoi tu dis cela?
PIZ – Eh bien, tu es intelligente, maligne, drôle, belle, autodidacte…
VERONICA – Tu as oublié méfiante!
PIZ – Sois sérieuse! Tu sembles inébranlable, inaccessible…
VERONICA – Je crois qu’on ferait mieux d’en rester là, sinon…
PIZ – Ce que je veux dire, c’est que je veux voir des étoiles dans tes yeux quand tu parles, être celui que tu appelles quand tu as besoin d'aide, celui sur qui tu peux te laisser aller quand ça ne va pas, celui enfin… Celui qui te guidera, celui en qui tu auras confiance.
VERONICA – Je ne cherche pas ce type de garçon, désolée! Je ne cherche pas. N’essaye pas de changer Piz, et n’essaie pas non plus de me changer. Tu n’y arriveras pas. Laisse les choses telles qu’elles sont. Mon passé fait de moi ce que je suis, ainsi que tous les gens qui sont autour de moi. Et…
PIZ – Mais pour construire notre avenir, il nous faut un passé Veronica. Malheureusement, je ne fais pas partie de ton passé comme…
VERONICA – Écoute, les choses ne changent pas, on a beau le vouloir on reste toujours ce que l’on est. On ne peut pas l'expliquer. C’est ainsi. Toi et moi nous sommes ensemble. Tu es quelqu’un de tendre, gentil. Tu prends très au sérieux tout ce que tu entreprends, tu es fidèle et honnête. Alors ne change rien.
Piz sourit et tendrement déposa un baiser sur ses lèvres.
PIZ – Comme ça, ça te va?
VERONICA – Exactement!
Ils échangèrent un regard et s’embrassèrent tendrement.
PIZ – Dis-moi, aurais-tu envie de manger quelque chose?
VERONICA – Je meurs de faim.
PIZ – Alors, au boulot, ramez matelot!
VERONICA – Quoi?!
PIZ – Eh oui, pas de bras, pas de chocolat! dit-il en croisant les bras.
VERONICA – Ok!
Piz avait finalement repris les rames. Pas que Veronica ne put y arriver, mais Piz voulait être son chevalier servant, alors…
Arrivé au ponton, Piz aida Veronica à sortir de la barque. Il l’invita à se balader aux alentours, le temps qu’il prépare un petit repas.
Veronica, comme à son habitude curieuse de tout, ne put s’empêcher d’aller fouiner les environs. Autour de la maison se mêlaient fleurs, arbres, pierres et un magnifique lac. Elle profitait de cet instant. Le calme était au rendez-vous. Assise, les yeux rivés sur le lac, elle était perdue dans ses pensées. Elle repensait à Piz, leurs ébats amoureux, la balade et ses paroles… C’était vraiment une journée agréable… Agréable, pensa-t-elle. Par deux fois, ce mot l’interpella.
Veronica voix off: Voyons Veronica, « agréable » qualifie une journée au soleil, ou un bon bain chaud… Mais un petit-ami. Curieux.
Piz avait terminé de tout installer, il la chercha et l'appela plusieurs fois.
PIZ – Et la voilà, ma belle, dit-il avec un petit sourire au coin des lèvres.
Les yeux de Veronica trahissant sa curiosité, suppliant de demander… Qu’as-tu préparé? Elle sourit, se figea devant lui.
VERONICA – Alors?
Il la prit par la main et la guida.
PIZ – Madame, je vous en prie.
Elle s’assit.
VERONICA – Waouh, tu as sorti l’argenterie?
PIZ – Oui madame. Impressionnée j’espère?
VERONICA – Surprise sûrement.
PIZ – C’est trop ? Mais je pensais que tu aimais les belles choses et que c’est comme ça que…
Il vit à son visage qu’il valait mieux ne pas terminer sa phrase.
VERONICA – Tout ceci m’a l’air vraiment bon, on mange?
Piz fit le service. Le déjeuner se passa très bien. Aucun malentendu. Le repas terminé, Piz prit Veronica par la main et l’invita à venir s’asseoir au bord du lac avec lui.
Assise entre ses jambes, la tête sur son torse, elle se laissa aller. Elle voulait profiter entièrement de Piz jusqu’au bout. Elle voulait terminer cette journée comme elle avait commencé. Tendrement. Alors, tendrement, elle se redressa, tourna la tête vers Piz et l’embrassa. Piz, sous l’emprise de Veronica, se laissa une nouvelle fois guider.
Toujours dans ses bras Veronica eut un petit sourire désolé pour Piz.
VERONICA – Et dire qu’il faut retourner à Neptune!
PIZ – Mais on a encore toute la soirée.
Il déposa un baiser sur ses lèvres, comme pour la faire changer d'avis.
VERONICA – Je suis désolée, mais je dois voir mon père dans quelques heures...
PIZ – Impossible, tu restes avec moi!
VERONICA – J’ai essayé de te le dire tout à l’heure, mais tu n’as pas souhaité écouter.
PIZ – Pourquoi faut-il toujours que tout tourne court avec toi?
VERONICA – Ne gâche pas cette journée, je t’en prie...
PIZ – Comme tu voudras, je ne le veux pas non plus! Allez, profitons-en, encore un peu!!
Il était l’heure de repartir. Veronica, assise dans la voiture, fenêtre ouverte, attendait Piz. Il avait oublié quelque chose dans la maison. A hauteur de Veronica, un bras dans le dos, il sortit un énorme bouquet de roses. Les roses.
PIZ, avec un sourire coquin – Pour te souvenir.
VERONICA – Je n’oublierai pas.