Note de l'équipe: dans cet épisode, vous trouverez
les dialogues en italique et
les voix-off en gras.
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Bonne lecture!
Dans un crissement de pneus, Weevil se gara à quelques mètres de la banque principale de Neptune. Il descendit de voiture, mit l’alarme et traversa la rue d’un pas pressé. Il ne lui restait plus que trente minutes avant la fermeture et il savait déjà qu’il devrait négocier pour qu’on le laisse entrer et qu’on accepte de le servir. Il maudit une nouvelle fois Angel de lui avoir demandé à la dernière minute d’aller faire le dépôt de la recette de la semaine.
Weevil gravit les marches deux à deux et fut étonné de ne pas trouver un vigile dans le hall d’entrée. Instinctivement, il s’arrêta et balaya la banque du regard. Tout était déjà presque éteint ou fermé. L’établissement avait pour clients les Neptuniens les plus riches. D’ailleurs, l’intérieur de la banque ressemblait beaucoup plus au lobby d’un hôtel 5 étoiles qu’à une banque. Autant dire qu’elle était certainement l’endroit le plus sécurisé de la ville après le bureau du shérif. Quoique depuis que Van Lowe avait été nommé shérif… Disons que la banque était désormais l’endroit le plus sécurisé.
Il vit une employée de la banque se diriger vers lui. Pas plus de trente ans et 09er jusqu’au collier de perles qu’elle portait, estima Weevil en la dévisageant discrètement. A cet instant, elle tourna la tête vers lui et leur regard se croisèrent. Le jeune latino esquissa un sourire mais se renfrogna quand l’employée détourna la tête en affichant un mépris évident puis quitta la banque.
Weevil soupira et se dirigea vers le comptoir en se demandant encore une fois pourquoi son oncle tenait absolument à avoir un compte dans la banque des 09ers. "Pour leur montrer qu’un petit Mexicain peut lui aussi avoir un compte en banque bien garni" était toujours la réponse qu’il obtenait. Et au fond de lui, Weevil approuvait cette attitude. Lui aussi avait le droit de ne pas être méprisé à cause de ses origines. Et l’argent n’est-il pas un langage universel ? Ce n’était que ce que les gens respectaient.
" J’étais sur le point d’éteindre l’ordinateur, marmonna Monique, la guichetière, la cinquantaine bien sonnante.
-
La banque ne ferme qu’à 19 heures soit dans 25 minutes.
- Encore et toujours à la dernière minute." Weevil sourit et s’accouda au comptoir.
"Je suis l’homme de la dernière minute.
- Tant que tu n’es pas l’homme d’une minute", répliqua-t-elle d’une voix suave en lui faisant un clin d’œil.
"Monique !" commença Weevil d’un ton faussement outré.
Il se pencha légèrement en avant et poursuivit sur le ton de la confidence.
"Tu sais que je sais faire durer le plaisir.
- Coquin ! Alors aujourd’hui ce sera ?
- Comme d'habitude. Et voilà, dit-il en lui tendant une enveloppe.
- Très bien." Au bout de quelques secondes, Monique reprit la conversation. Weevil sourit. Il la connaissait depuis un peu plus de deux ans maintenant et il ne l’avait jamais vue rester silencieuse plus de trente secondes. D’une certaine façon, elle lui rappelait sa grand-mère. Très directe mais à la fois très douce.
" On dirait que le garage marche plutôt bien.
- On n'a pas à se plaindre.
- Et voilà votre reçu, jeune homme. Et la prochaine fois, vous êtes prié de venir une heure plus tôt. D’ailleurs, le vigile n’aurait pas dû te laisser entrer.
- Un vigile ? Quel vigile ?" demanda Weevil en faisant un pas de côté afin que Monique puisse voir l’entrée.
Elle poussa un petit grognement désapprobateur.
"Un mois qu’il est là et si tu veux mon avis, il va se faire renvoyer vite fait bien fait s’il continue. Il est toujours en retard, répond aux clients, drague les clientes… une horreur." A cet instant, une porte de service latéral s’ouvrit et Weevil se figea en voyant celui qu’interpella joyeusement Monique.
"Ah! c’est toi Hector! Comment vas-tu ? Tu ne commences pas dans une demi-heure ?
- Oui, je sais, répondit le jeune homme le moment de surprise passé,
je préfère arriver en avance.
- Voilà ! C’est comme ça qu’il faut raisonner. Tout le contraire de Scotty… et d’une certaine personne que je connais qui adore faire les choses à la dernière minute", ajouta-t-elle en lançant un sourire taquin à Weevil.
Weevil reprit ses esprits et réussit à lui rendre un demi-sourire.
"Je dois y aller.
- A la semaine prochaine." Weevil acquiesça de la tête puis reporta son attention sur Hector à nouveau. Il n’avait pas changé à part le fait qu’il portait un uniforme et peut-être qu’il avait l’air plus…adulte. Weevil s’interdit de penser plus longtemps à celui qu’autrefois il avait considéré comme un frère.
"Hector, se contenta-t-il de dire d’une voix calme, ne trahissant aucune émotion.
- Weevil", répliqua Hector sur un ton un peu plus chaleureux
D’un pas plus rapide qu’il ne l’aurait voulu, Weevil quitta la banque, non sans entendre Monique bombarder Hector de questions afin de savoir comment ils s’étaient rencontrés.
Une fois dehors, le latino s’arrêta quelques secondes puis descendit lentement les marches. Il n’avait pas reparlé à Hector depuis ce fameux soir où il avait soustrait le gang des motards à l’emprise des Fitzpatrick. Hector avait essayé de lui reparler par la suite mais Weevil avait toujours refusé toute conversation, tout contact. Le goût de la trahison était trop amer, il n’était pas prêt à lui pardonner à l’époque…ni aujourd’hui d’ailleurs.
Il attendait sur le trottoir afin de traverser quand une main se posa sur son épaule.
"Hermano, commença Hector mais il s’interrompit quand Weevil se dégagea, visiblement agacé.
- Qu’est-ce que tu veux ?
- J’ai été surpris de te voir, c’est pour ça que je n’ai…enfin, je… Wow, ça fait quoi ? Un an ? Deux ans qu’on ne s’était pas vu ?" Weevil s’obstinait à regarder sur sa droite et ne le regarda toujours pas quand il répondit d’une voix où pointait l’impatience.
"Quelque chose comme ça. Et?
-Et… Comment tu vas ?" Weevil eut un sourire ironique et secoua la tête. Il reporta son attention sur Hector et était prêt à lui faire une réponse cinglante sur l'inutilité évidente d’une telle question mais le regard d’Hector l’arrêta. Pendant quelques secondes, Weevil eut l’impression de revenir quelques années en arrière. A l’époque où le regard d’Hector et des autres membres du gang exprimaient tous la même chose: l’admiration, la crainte et le respect. Cela faisait longtemps qu’on ne l’avait pas regardé ainsi. Comme si on le voyait lui et pas ce qu’il représentait. L’homme à tout faire de la fac. Le Mexicain de service. Le bad boy tatoué… Il n’était pas que ça et très peu de personnes connaissaient ce qu’il y avait au-delà de toutes ces images ou en tout cas, cherchaient à voir au-delà.
Cependant, Weevil ne resta déstabilisé qu’une fraction de seconde. Il se ressaisit. Il était capable de lire de la sincérité dans le regard d’Hector mais il avait été incapable il y a deux ans d’y lire le mensonge et la trahison…
"Bien mais justement, je dois y aller. A plus." Hector hocha la tête d’un air résigné comme s’il acceptait et comprenait l’attitude glaciale de Weevil à son égard. Après tout, il ne lui avait pas mis son poing dans la figure, c’était déjà un bon signe, il ne pouvait pas en espérer d’avantage de la part de son ancien ami…
Weevil s’avançait pour traverser quand la voix d’Hector l’arrêta.
"Hey, je finis à 23 heures. On pourrait aller boire un verre, non ? Histoire de…tu sais…Comme avant ?" Weevil soupira bruyamment et lui lança un regard perplexe. L’attitude d’Hector l’intriguait… Mais au point de se comporter avec lui… Comme avant ?
***********
Mac était confortablement installée sur le canapé du salon. Elle tourna la page du livre dans lequel elle était plongée et leva une seconde les yeux avant de se replonger dans sa lecture.
"Il est bientôt l’heure, non ? Tu ne vas pas te préparer ? demanda-t-elle à Veronica qui était assise dans le fauteuil et semblait parfaitement concentrée sur une feuille vierge, le crayon en main.
- Demandes-tu à un condamné à mort s’il est prêt à mourir ?
- Techniquement parlant, non, puisqu’il a été condamné donc, je suppose que c’était sans son consentement mais…"
Mac s’interrompit en voyant le regard légèrement amusé de Veronica.
"Mais…ce n’était pas une véritable question donc je suppose que j’étais censée répondre… Je vais appeler Wallace, je crois qu’il saura mieux gérer cette conversation que moi." Veronica sourit enfin et Mac se détendit. Il est vrai que le retour de Lianne avait été un choc pour tout le monde et même si Veronica avait semblé l’accepter, sa meilleure amie savait que ce n’était qu’une façade. Elle pouvait prétendre que tout allait bien mais chacun attendait le moment où elle craquerait et laisserait enfin paraître ses véritables émotions.
"Et pourquoi tu ne m’accompagnes pas ? insista Veronica.
Après tout, l’expression "dîner en famille" ne compte plus lorsque tu te retrouves en face de tes parents divorcés et de la nouvelle petite amie de ton père qui se trouve être la doyenne de ta fac et le supérieur de ton père.
- Veronica ? Va te préparer." Sans un mot, la petite blonde vint s’assoir sur le canapé à côté de Mac qui lui jeta un regard soupçonneux.
"Un simple petit appel, je leur dis que je suis malade. On se loue des DVD, on commande une pizza et on se fait une soirée entre filles.
- En réalité… j’ai déjà quelque chose de prévu ce soir.
- Avec qui ?
- Un garçon.
- Je ne m’en serais pas doutée, répliqua Veronica sur un ton sarcastique.
Alors je le connais ?
- Il travaille avec moi à la maintenance des ordinateurs du campus.
- Je vous imagine tous les deux, à échanger des blagues sur l’informatique que vous seuls pouvez comprendre. C’est si mignon."
Mac lui lança un regard perplexe.
"Si tu allais te préparer ?
- Absolument pas. Je dois rester pour voir l’heureux élu et te donner ma bénédiction … ou pas. Alors où allez-vous ? Que comptes-tu porter ?
- Veronica Mars…
- Très bien", soupira-t-elle.
Elle ferma les yeux, prit une grande inspiration et lança à Mac son plus beau regard de chien battu.
"Ca ne marche plus avec moi.
- Mince.
- Mais je te conseille de travailler le regard du Chat Potté. Il est irrésistible. Allez, Veronica, ça ne sera pas si terrible que ça." Veronica ne semblait plus l’écouter.
"Peut-être que je pourrais programmer mon portable pour qu’il sonne exactement une heure après le début du dîner, je dirai que c’est toi, qu’il y a une urgence et que je dois y aller. Oh oui, ça c’est une bonne idée.
- Je refuse d’être mêlée à cette histoire.
- Très bien, je dirai que c’est Wallace qui m’appelle", rétorqua Veronica avec un sourire satisfait. A cet instant, le téléphone de la maison sonna. Mac secoua la tête face à l’obstination de Veronica et décrocha.
" Allô ? Ah bonjour Monsieur Mars. Veronica ?" Veronica fit de grands gestes de la main pour lui indiquer de ne pas lui passer la communication mais Mac eut un sourire diabolique.
"Elle essssttt occupée pour l’instant, enfin je crois…" hésita Mac qui grimaça face au geste théâtral de Veronica lui indiquant qu’elle aurait pu trouver une meilleure explication.
Elle écouta encore Keith quelques secondes avant d’éclater de rire et de raccrocher après lui avoir souhaité une bonne soirée.
"Alors, alors ? Qu’est-ce qu’il voulait ? s’empressa de demander Veronica.
- T’avertir qu’il ne tolérerait aucune absence inopinée de ta part. Il a déjà appelé Wallace pour s’assurer qu’il ne t’appellerait pas au cours du dîner et il voulait faire la même chose avec moi.
- Je suis aussi prévisible ? Note pour moi-même. Etendre mon cercle d’amis. Et des amis que mon père ne connaîtrait pas.
- Tu oublies une petite chose. La moitié de cette ville te déteste et l’autre moitié risque de te détester tôt ou tard.
- Merci Mac. Je sais que je peux toujours compter sur toi pour me remonter le moral." Veronica soupira bruyamment. Sa meilleure amie éclata de rire et la tira par le bras tout en se levant et la poussa vers la salle de bain.
"Tu devrais appeler Logan ou Dick pour te sortir de ce mauvais pas. Tu peux être sûre que ton père ne penserait pas à eux.
- Mac, Mac, Mac… J’ai dit que j’étais désespérée mais pas à ce point. Franchement, que Dick vienne à mon secours ? Tu imagines ?" ***
D’accord. Je suis désespérée à ce point. Cette situation pourrait-elle être encore plus embarrassante ? Keith avait choisi l’un des restaurants les plus chers de Neptune pour ce grand dîner en famille ; ce qui n’avait fait que renforcer le malaise que ressentait Veronica. Assise face à son père et Evelyn, Veronica jeta un regard discret vers sa mère qui se trouvait à sa droite et qui semblait apprécier cette soirée. Veronica regarda attentivement son père qui sourit à Lianne puis Evelyn qui éclata de rire face à une remarque que son interlocutrice venait de faire.
Ou peut-être est-ce moi qui devrait me détendre ? Le dîner est presque fini et aucune catastrophe ne s’est encore produite. Si tout le monde passe un bon moment, je devrais en être capable.
"Et dis-moi, Veronica. Toujours pas de petit ami en vue?" demanda Evelyn sur le ton le plus normal possible.
Sous le coup de la surprise, Veronica fit tomber sa fourchette, puis renversa son verre d’eau qui, à son tour, renversa le vase décoratif qui trônait au milieu de la table et entraîna dans sa chute le verre de vin d’Evelyn dont le chemisier se retrouva généreusement éclabousser.
"Oh mon Dieu, je suis désolée, s’empressa de s’excuser la jeune fille.
- Ce n’est pas grave, la rassura Evelyn tout en épongeant son chemisier avec l’aide de Keith.
- Ca va aller, chérie ? s’inquiéta Keith.
- Oui, oui", répondirent en même temps Veronica et Evelyn en même temps.
Un silence gêné de quelques secondes plana au-dessus de la table. Veronica esquissa un sourire contrit.
"Encore heureux que je n’ai pas répondu, sinon la situation aura vraiment été embarrassante", tenta de plaisanter Lianne.
Evelyn lui adressa un sourire complice
"Je crois qu’un petit tour aux toilettes s’impose, s’excusa-t-elle.
Je reviens tout de suite." Lianne se rendit compte que sa remarque n'avait pas déridé les autres convives.
Bravo Veronica. Et ce sont dans des instants comme ça que l’on se demande pourquoi, avec les progrès de la technologie, nous n’avons toujours pas inventé la machine à remonter le temps.
"Mais que vois-je ? La famille Mars au grand complet! Si on m’avait dit que je vivrais aussi longtemps pour le voir, je ne l’aurais jamais cru!" s’exclama une voix masculine derrière elle.
Veronica ferma les yeux maudissant une nouvelle fois son mauvais karma et le légendaire mauvais timing de Dick. Elle eut le temps d’apercevoir son père rouler des yeux et sa mère froncer les sourcils avant que le surfeur le plus blond de Neptune n’arrive à leur table, avec une créature aux courbes généreuses pendue à son bras.
"Bonsoir Dick, dit mécaniquement Keith.
- Monsieur Mars, répondit-il sur un ton faussement solennel.
Ex-Madame Mars et je vois une chaise de libre, ne me dites pas que la future Madame Mars est aussi présente pour compléter cette parfaite image de la famille heureuse recomposée."
Evelyn choisit ce moment pour revenir à la table, son chemisier à la main et ne portant qu’un top noir à fines bretelles. Dick émit un petit sifflement appréciatif alors que sa conquête de la soirée lui donna un léger coup de poing sur le bras.
"Sachez, mon cher petit Dick, qu’un véritable gentleman ne consacre son attention qu’à la femme qui l’accompagne, répliqua Evelyn d’une voix mielleuse.
- Mais nous savons tous que notre cher petit Dick connaît une définition différente du mot gentleman", poursuivit Veronica.
Comme par magie, l’atmosphère se détendit. Les convives échangèrent un regard complice alors que Dick se contenta de hausser les épaules et s’éloigna avec sa bimbo.
"Ce n’était pas très gentil, protesta Lianne en souriant.
-Mais tellement amusant", répliqua Evelyn sur le même ton.
Veronica sourit et regarda son père qui semblait heureux.
Peut-être qu’après tout, une nouvelle famille Mars pourrait voir le jour mais… je ne suis pas encore prête.
Le visage de Veronica s’assombrit et elle baissa la tête.
**********
Weevil observait les flammes danser sous ses yeux. La nuit était calme. Le murmure des vagues venant mourir sur la plage lui parvenait par intermittence. Il fit tourner lentement sa canette de bière dans sa main tout en contemplant le spectacle de la nature qui s’offrait à lui. Tout était exactement comme la veille du départ de Maria.
"T’en veux une autre ?" demanda Hector, accroupi à côté d’une glacière.
Weevil sursauta et mit quelques secondes avant de refuser de la tête. Il finit sa canette et la déposa devant lui dans le sable mais Hector la récupéra et la mit dans le sachet plastique à côté de lui. Weevil ne put s’empêcher de sourire face à ce geste écologique digne de Maria.
"Sauvons la planète, se contenta de dire Hector en haussant les épaules.
Même si elle est condamnée de toute façon.
- Paradoxal, non ?" Hector émit un petit sifflement.
"Alors c’est vrai ? Tu as vraiment repris tes études ?
- Qui te l’a dit ? demanda immédiatement l’ancien leader sur un ton soupçonneux.
- C’est ce que j’ai entendu dire." Weevil n’insista pas. Après tout, il ne retournait plus que très rarement dans « el barrio » mais il savait que son absence ne faisait qu’alimenter les rumeurs qui couraient à son sujet.
"Tu sais, Carlos est en prison. Il s’est fait choper lors d’un braquage.
- Pas étonnant, il a toujours eu une passion pour les armes.
- Et Manny s’est tiré au Mexique." Hector marqua un temps d’arrêt, attendant une réaction quelconque de la part de Weevil qui lui jeta un coup d’œil et reporta son attention sur l’océan.
"Et son gosse ? Sa copine ?
- Trop de responsabilités. Je passe la voir de temps en temps. Elle s’en sort comme elle peut. Elle survit quoi.
- Comme chacun d’entre nous", conclut Weevil.
Pour la première fois depuis le début de la conversation, sa voix reflétait une certaine émotion. Amertume. Lassitude. Fatalisme. Hector ne pouvait se décider entre les trois mais il était content de voir que derrière ce masque de froideur, l’ancien Weevil existait toujours. Comme si rien n’avait changé. Le portable d’Hector sonna. Il le sortit de la poche de son blouson et lut le message qu’il venait de recevoir. Son visage s’assombrit.
"Un problème ?
- Oh rien. C’est ma petite amie.
- Petite amie?" Hector eut un petit rire gêné.
"Enfin ma copine quoi... Elle est gentille mais parfois très prise de tête." Il resta pensif quelques secondes avant de poursuivre.
"Elle s'occupe de moi et elle sait me satisfaire, si tu vois ce que je veux dire, répondit Hector sur un ton de connivence.
-
Je vois, se contenta de répliquer Weevil.
- Eh oui, je me suis rangé. C’est pas encore le mariage mais… Je me sens bien avec elle. Et toi ?
- Moi quoi ?
- Avec les nanas. Tu vas pas me faire croire que t’es resté célibataire ces deux dernières années. A moins que… Tu la vois toujours ?" Weevil lui lança un regard interrogateur puis comprit à qui Hector faisait allusion. On lui avait déjà suffisamment reproché son amitié avec elle quand ils étaient au lycée. Il secoua la tête sans cacher son agacement.
"Ok, ok, s’empressa de dire Hector.
J’oubliais que c’était ta petite protégée. Personne alors ?
- Si. Il y a eu quelqu’un", répondit Weevil après quelques secondes de silence.
Son regard se perdit dans l’horizon alors que des images de Maria lui revenaient en tête. Leur première rencontre. Leur premier cours… Tout semblait si loin et pourtant leur rencontre ne remontait qu’à cinq mois à peine.
"Et qu’est-ce qui s’est passé ?
- Elle a dû partir et aucun de nous deux ne croit aux relations longue distance. On a préféré se séparer avant." Hector hocha la tête d’un air compréhensif puis but une gorgée de bière. Seul le crépitement des flammes interrompait le silence. Il soupira.
"
Tu sais Weevil… Je suis désolé. Pour tout ...
- C’est le passé. Pas la peine de revenir dessus, rétorqua Weevil la mâchoire serrée.
- En tout cas, je n’ai jamais cessé de te considérer comme un ami."

Au bout de quelques secondes de silence, Weevil respira profondément puis regarda Hector. Encore une fois, il voulut chercher la sincérité dans les yeux de celui avec qui il avait partagé tant de moments importants de sa vie.
"C’est le passé, répéta-t-il.
- T’oublies jamais, n’est-ce pas ?" Soudainement, l’ancien leader se leva, prit Hector par le col de son tee-shirt et le força à se lever.
"Tu veux quoi exactement ? L’absolution ? Tu crois qu’une trahison se pardonne ?
- T’es enfin prêt à en discuter, répondit calmement le jeune homme. Il le fit gentiment lâcher prise.
- Y’a rien à dire.
- Pourtant tu es venu et tu veux que je te dise pourquoi ? Parce qu’on est et restera hermanos quoiqu’on fasse. Regarde-moi. T’es pas le seul à s’être acheté une conduite. J’ai changé, tout comme toi. J’ai un travail honnête, une petite amie, un toit et...
- Tu m’en vois ravi pour toi. Alors tu peux me dire exactement ce que je viens faire dans tout ça? ironisa Weevil en serrant les poings.
- Et alors je me dis que si on a pu être amis avant, rien ne nous empêche de le redevenir dans cette nouvelle vie. On a tous droit à une seconde chance, pas vrai ?" Une seconde chance ? La colère que Weevil ressentait laissa place à une certaine lassitude. Il en avait assez de se battre contre tout le monde. Être avec Maria lui avait redonné envie de faire confiance aux autres. Baisser sa garde et juste se contenter d’apprécier la présence de l’autre. Mais trouver quelqu’un qui le comprenne… Seul quelqu'un qui avait vécu comme lui pouvait le comprendre. Comme Hector.
**********
Le cliquetis de la souris et le bruit de quelques touches de clavier sur lesquelles Veronica appuyait de temps à autre troublait le silence de plomb qui régnait dans les locaux de Mars Investigation.
Le meilleur moyen d’oublier ses problèmes est de s’occuper l’esprit sous une tonne de travail. La jeune détective fixait l’écran de l’ordinateur et se mordillait pensivement la lèvre inférieure. Son visage s’éclaira soudainement et en quelques clics de souris finit sa partie de Solitaire. Un souriant triomphant aux lèvres, elle jeta un regard autour d’elle comme si elle espérait les félicitations des spectateurs. Elle poussa un soupir de contentement et s’enfonça plus profondément dans sa chaise.
Ou alors se détendre tranquillement dans le calme et la sérénité d’un grand bureau vide. La porte d’entrée claqua violemment et des pas pressés se firent entendre. Veronica eut à peine le temps de se redresser qu’un homme entra avec fracas dans la pièce. Le crâne dégarni, le ventre légèrement bedonnant mais un costume trois-pièces impeccable assorti à sa serviette; la petite blonde décida qu’elle n’avait pas à craindre pour sa vie et qu’elle était en face d’un client.
Tentant de reprendre son souffle, l’inconnu s’épongea le front avec un mouchoir sorti de sa poche et s’affala sur une des chaises placées devant le bureau.
"Il faut que vous m’aidiez ou je suis un homme mort !" réussit-il à articuler avant de se remettre à haleter.
Après avoir offert un verre d’eau à son nouveau client, Veronica revint s’assoir à son bureau et attendit qu’il finisse de boire. Il poussa un long soupir. Il semblait un peu plus calme maintenant.
"Merci beaucoup, finit-il par dire.
- Je vous en prie et donc Monsieur… John Doe? lut Veronica sur la petite carte bristol qu’elle tenait à la main avant de la déposer sur le bureau.
Vous me disiez qu’un collier avait été volé au sein même de votre banque." L’homme ne put réprimer un petit gémissement en entendant à voix haute la raison de sa présence et reprit une gorgée d’eau.
"Pas n’importe quel collier. Il est d’une valeur inestimable. In-es-ti-ma-ble. - Hum… Très bien, répliqua calmement la jeune femme cherchant à comprendre exactement en quoi cela mettait la vie de M.Doe en danger.
- Il était, il était… là. Je me rappelle avoir vérifié le coffre mardi soir avant de partir et samedi matin, il n’y était plus. Envolé. Juste comme ça. Mon Dieu, si on ne le retrouve pas, je me ferai renvoyé et je ne retrouverai plus jamais d’emploi. On me prendra ma voiture, ma maison. Finies les vacances à Saint-Barth. Et les études de mes enfants. Ma femme me quittera. Et Cheryl aussi. Mon Dieu. Cheryl. Elle me quittera aussi. - Excusez-moi. Si nous revenions à votre affaire ? l’interrompit Veronica d’une voix professionnelle cachant son agacement.
Donc si ce collier a été volé au sein de votre banque, je suppose que vous avez déjà visionné les cassettes de surveillance ?" Hochant furieusement la tête, il se leva et se mit à faire les cent pas.
"Rien. Absolument rien. Ce ne peut-être qu’un employé de la banque. Quelqu’un qui connaît parfaitement notre système de sécurité.
- L’employé peut aussi être un complice", ajouta Veronica.
Elle se mit à noter au fur et à mesure les éléments dont elle aurait besoin.
"Il me faut une photo du collier. Je suppose que le voleur cherchera à s’en débarrasser rapidement et voudra le vendre par tous les moyens. Il me faudra un libre-accès à chaque partie de la banque. Il me faut aussi la liste de tous vos employés. De votre assistant à l’équipe de ménage. La liste des noms et les emplois du temps." Elle releva enfin la tête et détacha la feuille du bloc-notes. John Doe lui tendit un dossier qu’il venait de sortir de sa serviette. Veronica s’en saisit en lui jetant un regard étonné auquel il répondit par un sourire penaud.
"Je suis fan de séries policières et j’ai pensé que vous en auriez besoin, expliqua-t-il.
Bien sûr, si vous souhaitez visionner à nouveau les cassettes de surveillance, elles sont à votre disposition." Dissimulant un sourire amusé, Veronica parcourut rapidement les feuilles du dossier et s’arrêta sur la photo du collier. Elle l’observa quelques secondes en fronçant les sourcils : un diamant bleu en forme de cœur au bout d’une chaîne en or.
"Est-ce que c’est…"
Elle n’osa pas finir sa question.
"Une parfaite réplique de l’Oceanicor. Une valeur...
- Inestimable. Je sais, le coupa-t-elle en reportant son attention sur la photo.
- Il me faut le retrouver avant vendredi. Ma cliente assiste à une vente aux enchères samedi, organisée au profit de différentes associations. Elle passera récupérer son collier vendredi dans la journée.
- Vous ne me ferez pas croire qu’elle ne possède pas un faux de ce collier. Elle pourra toujours le porter en attendant que l’on retrouve l’original.
- Vous ne comprenez pas. Elle ne compte pas porter le collier mais le vendre. Il sera authentifié. Impossible de présenter un faux. Impossible de prévenir la police.
- Je vois." Elle s’accorda encore quelques instants pour admirer le bijou et fixa M.Doe du regard.
"Je ferai de mon mieux.
- Je n’en doute pas une seconde. Je vous engage à mes propres frais et le prix n'est pas un problème. Faites tout ce qui sera nécessaire pour me retrouver ce collier. Il fit une petite pause.
Voulez-vous savoir pourquoi j’ai vous ai choisie ?
- Hum… La question est difficile mais oserai-je dire … mes compétences ?
- Faux ! A vrai dire, on m’avait recommandé d’autres détectives car vu votre jeune âge…" Face au regard fixe de la jeune femme, le directeur de la banque s’éclaircit la voix et poursuivit.
"Justement, c’est votre jeune âge qui a influencé mon choix.
- Je savais qu’un jour on saurait m’apprécier à ma juste valeur et sans aucun préjugé, dit Veronica d’un ton faussement rêveur.
- Vous avez l’ardeur et la passion de la jeunesse, enchaîna-t-il en se levant et se dirigea vers la porte.
Ma vie est entre vos mains Mademoiselle Mars.
- Je suis tout à fait consciente de la lourde tâche qui m’incombe et je saurai m’en montrer digne", répliqua-t-elle sur le même ton solennel.
Une fois son client parti, Veronica se replongea dans le dossier. La liste des employés était longue. Vraiment longue, pensa la jeune détective en se rendant compte que les quatre feuilles étaient recto verso et certains noms surlignés.
Et quand je pense que l’on fustige la mauvaise influence des séries policières. Voilà pourquoi j’ai activement soutenu la grève des scénaristes. Ils ne se rendent pas compte parfois à quel point ils nous rendent le travail plus facile.**********
Veronica et Mac sortirent de l’amphithéâtre, le sourire aux lèvres et chacune une feuille à la main.
"
J’en arriverais presque à dire que c’est trop facile, dit Veronica en admirant une nouvelle fois le A marqué sur son devoir.
-
Je dirais juste que nous sommes des génies, répliqua Mac.
Tu rentres directement à l’appart ? -
Non, je dois enfiler mon costume de l’inspecteur Clouseau et aller à la banque. -
Ta prononciation s’améliore.
- Je ne crois pas qu’on puisse faire pire que Steve Martin et son dambürger, se lamenta Veronica. Elle se ressaisit en jetant un coup d’œil rapide à Mac.
-
Tu m’avais juré ne pas l’avoir vu ! la taquina son amie.
-
J’avoue !" répliqua Veronica d’un air soulagé comme s’il s’agissait de la chose la plus embarrassante au monde.
Leur professeur, une charmante trentenaire, les dépassa d’un pas rapide.
"
Une minute. Je vous assure que j’ai lu le bouquin. Pourquoi est-ce que j’ai eu un F?" s’exclama Dick en s’arrêtant au niveau des filles comprenant que son professeur continuerait de l’ignorer.
Le surfeur soupira. Son regard se posa sur Veronica et Mac qui cherchaient à dissimuler un sourire.
"
Pour une fois que j’étudie, se plaignit le jeune homme.
-
Bien sûr. Comme si tu avais réellement pris le temps de t’assoir et de lire un livre sans image et qui fait plus de 500 pages", se moqua Veronica.

Il eut un temps d’arrêt et leva les yeux au ciel.
-
Je voulais le faire mais un pote m’a conseillé le film. Je l’ai même regardé en version originale. Mac et Veronica échangèrent un bref regard sceptique.
-
Tu sais, Dick, commença Veronica d’un air solennel,
je ne remettrais jamais en cause tes capacités et tes techniques afin de fournir le moins d’efforts possibles mais es-tu sûr qu’on parle bien du livre « Le deuxième sexe » par Simone de Beauvoir ? Parce que…
- Parce qu’il n’y a pas de version film, termina Mac.
Dick fronça les sourcils et les jeunes filles attendirent que son cerveau ait fini de traiter complètement l’information. Soudain, la lumière se fit puis sa mine redevint sombre.
-Ah bon ? Je ne comprenais pas non plus pourquoi le titre était « deuxième sexe » alors qu’ils mettaient en scène… Il leva les yeux comme s’il comptait mentalement.
-
Stop ! Epargne-nous les détails, l’arrêta Mac.
Mais pourquoi t’es-tu fait transférer dans notre cours de féminisme de toute façon ?
- Pour être entouré de bombes sexuelles et intelligentes. J’ai décidé de changer de terrain de chasse. Les bimbos sans cerveau, ce n’est plus trop mon truc.
- Tu sais ce qu’on dit. Qui se ressemble s’assemble, répliqua Veronica d’une voix très sarcastique.
- C’est vrai que côté « j’adore être torturé par mes sentiments. J’ai envie de toi mais je te repousse, » Logan et toi êtes parfaits. Le regard de Veronica s’assombrit mais elle continua à sourire.
"Merci pour cette brillante analyse de ma personnalité, Dick. Tu n'as jamais songé à étudier la psychologie?
- Vraiment? Tu crois que je pourrais?" demanda le surfeur.
Face au regard perplexe de Veronica et Mac, il comprit que c'était une boutade.
"Et ce sens de l'humour si particulier que Logan et toi partagez..." enchaîna-t-il.
Veronica leva les yeux au ciel puis s’en alla en bousculant volontairement Dick sur son passage. Il sourit d’un air satisfait et leva les bras.
"Sans oublier cette volonté de toujours fuir lorsque l'on aborde le sujet de votre relation. Vraiment faits l’un pour l’autre."
Veronica disparut dans la foule d’étudiants et le surfeur se retourna vers Mac qui le fixait d’un regard désapprobateur.
"Au fait, tu n’aurais pas envie de me donner des cours particuliers ? demanda-t-il d’un ton charmeur.
- Demande à une de tes bombes sexuelles et intelligentes, répliqua Mac avant de tourner les talons.
- Qui a dit que tu n’en faisais pas partie ? Elle s’immobilisa quelques secondes et prit une grande inspiration avant de poursuivre son chemin sous le regard amusé de Dick qui, au bout de quelques secondes, passa son bras autour du coup d’une étudiante qui sortait de l’amphithéâtre et l’accompagna espérant qu’elle accepte son offre.
Fouillant dans son sac pour retrouver les clés de sa voiture, Veronica leva brièvement la tête et aperçut Weevil discutant avec Hector près de sa voiture.
Intriguée, elle les observa quelques secondes. Hector sortit un petit sachet marron en papier qu’il passa discrètement à Weevil qui s’empressa de le mettre dans la poche arrière de son baggy. Ils échangèrent encore quelques mots puis se dirent au revoir en exécutant un de ces petits signes de reconnaissance typiquement masculins : poing contre poing, puis ils se touchèrent le cœur avant de faire le signe peace.
La détective attendit encore et rejoignit le latino au moment où il finissait de verrouiller sa voiture.
"Ah, hermano", sourit-elle et tendant le poing.
Mais Weevil se contenta de la regarder.
"Tu sais quoi ? Tu étais beaucoup plus cool quand tu étais le leader du club de motards.
- Ca m’amusait de te faire croire que tu étais aussi cool que nous." Elle poussa un soupir théâtralement dramatique comme s’il venait de la frapper en plein cœur et Weevil s’autorisa un petit sourire amusé. A cet instant, la voiture d’Hector passa à côté d’eux et il klaxonna. Weevil répondit d’un signe de tête puis reporta son attention sur Veronica qui observait la voiture d’Hector quitter le parking.
"J’ai cru voir un ancien PCH-er. Mais… Oui, c’est bien un ancien PCH-er! finit-elle par dire avant de continuer d’une voix pensive.
Voyons voir. J’ai l’équation suivante: Weevil, leader déchu et qui a voué une haine éternelle à ses anciens compagnons qui l’ont trahi et oh, miracle! Je le vois dans une discussion très amicale avec un des dits compagnons. Cherche l’erreur avec moi dans cette équation.
- Je n’ai jamais été doué pour les maths, répliqua Weevil, légèrement agacé.
- Qu’est-ce qu’il te voulait ? demanda la détective sur un ton sérieux.
- Discuter, c’est tout. On s’est rencontré par hasard à la banque et on a pris un verre ensemble, soupira le latino en voyant le regard plus que sceptique que Veronica.
Ecoute V. J’ai encore du boulot donc si t’as fini l’interrogatoire… ?
- Je trouvais simplement bizarre le fait que tu sois redevenu ami avec lui." Weevil détourna les yeux et réfléchit quelques secondes avant de répondre.
"Amis, peut-être pas mais… De toute façon, ce sont mes affaires. Ca ne te regarde pas.
- Bien, dans ce cas, on se reverra quand tu te seras encore une fois mis dans le pétrin et que tu m’appelleras pour t’en sortir, rétorqua la jeune femme en tapotant l’épaule de Weevil.
- Tu ne connais même pas Hector et tu te permets de le juger sur son passé. Il a changé.
- Les gens ne changent jamais.
- Au moins, je sais ce que tu penses de moi, répliqua Weevil d’un ton amer.
- Weevil, je...
- Non, ça ira. Je te verrai un autre jour. J’ai du boulot", l’interrompit le latino et s’éloigna sans lui accorder un dernier regard.
Son portable sonna et Veronica fronça les sourcils en voyant le nom de Lianne apparaître sur l’écran. Elle hésita puis renvoya l’appel avant de glisser son portable dans son sac et de se diriger vers sa voiture.
Admettons que les gens changent. Jusqu’à quel point peuvent-ils changer et surtout jusqu’à quel point peut-on leur faire confiance?**********
Longeant un couloir aux murs gris et faiblement éclairé, John Doe accompagnait Veronica à la salle de vidéo surveillance de la banque. L’écho de leurs pas résonnait sinistrement. Réprimant un frisson, la jeune femme se décida à rompre le silence pour oublier cette atmosphère carcérale.
"Donc le vol a forcément eu lieu entre mercredi et vendredi soir, c’est bien ça ?
- Je me rappelle avoir vérifié le coffre mardi soir avant de partir et samedi matin, il n’y était plus.
-Et vous êtes vraiment sûr de n’avoir parlé du collier à personne dans cet intervalle?" Il réfléchit quelques secondes et secoua la tête négativement.
"Nous sommes une banque de taille moyenne mais savoir que nous conservons de véritables objets d’art est un secret de Polichinelle pour nos employés. Si je l’ai mentionné, je ne m’en rappelle pas… Mais cela m’étonnerait quand même.
- Peut-être, mais de là à connaître précisément l’emplacement de chaque objet... La liste des propriétaires n’est pas accessible à tout le monde, objecta Veronica.
- Il faudrait effectivement forcer notre réseau informatique, répliqua le directeur de la banque d’une voix pensive.
Mais je vous demanderais toute votre discrétion pour cette affaire. Je vous ai engagée. C'est une initiative personnelle. Seuls les membres de la sécurité sont au courant de la disparition du collier. Et je voudrais ébruiter l'affaire le moins possible au sein de nos employés.
-Bien sûr." Ils atteignirent enfin le bout du couloir et John Doe sortit une carte magnétique de sa poche.
"Justement, vous ne m’avez pas fourni la liste et l’emploi du temps de votre équipe de sécurité, lui rappela Veronica.
- Ils sont externes à notre structure et c’est une société de gardiennage bien sous tout rapport", déclara le directeur de la banque en passant la carte magnétique dans la fente du boîtier placé près de la porte.
Un buzz suivi d’un déclic se fit entendre et la porte coulissa lentement.
"Mais si vous estimez qu’ils doivent être suspectés, continua-t-il en lui faisant signe de passer la première,
je demanderai à Amanda de vous les envoyer par email tout à l’heure".
Veronica le remercia d’un sourire et observa rapidement la pièce. Elle ne put s’empêcher d’être impressionnée par l’installation dernier cri digne d’un film. Des écrans de télévision s’étalaient le long des murs droit et gauche alors qu’un immense panneau où se croisaient différentes lignes recouvrait le mur qui faisait face à la porte. De temps à autre, une lumière s’allumait et s’éteignait aux points de rencontre entre les lignes. Au centre de la pièce trônait une table semi-circulaire où deux agents de sécurité assis dos à dos surveillaient chacun un mur.
Debout, les bras croisés, un troisième homme, qui observait un écran sur le mur droit se tourna lorsqu’il entendit le directeur et la détective.
"En attendant la liste, vous pouvez toujours discuter avec le responsable de la sécurité. Veronica Mars, je vous présente Thomas Robert. Mademoiselle Mars est la jeune femme qui va s’occuper de…notre affaire." Le chef de la sécurité prit son temps pour examiner Veronica de la tête aux pieds. Entre trente et quarante ans, un homme tout à fait ordinaire, estima la détective en serrant la main qu’il lui tendait, le visage vide de toute expression.
"Eh bien je vais vous laisser. Tom ? Agréez à toutes les demandes de cette jeune personne, sourit John Doe avant de quitter la pièce.
- Nous avons déjà visionné les bandes deux fois. Vous ne trouverez rien, commença calmement Thomas Robert.
- Permettez-moi d’en être le seul juge." Il s’apprêta à dire quelque chose puis se ravisa et se dirigea vers une armoire qui longeait le mur d’entrée. Elle se rapprocha de la table de contrôle en regardant avec intérêt les écrans et s’arrêta à quelques mètres de deux vigiles qui ne semblaient pas avoir trente ans.
"Et ce panneau qui clignote ? A quoi sert-il exactement ?" demanda-t-elle à voix haute mais aucun des deux vigiles ne lui répondit.
Quelques secondes plus tard, la voix de Thomas se fit entendre:
"C’est le plan de la banque. Il n’y a pas une pièce qui ne soit pas représentée. Une lumière s’allume lorsque quelqu’un pénètre dans une pièce et s’éteint quand il en sort. On surveille les allées et venues, expliqua le chef.
- Big Brother serait jaloux de votre système de sécurité, tenta de plaisanter la jeune femme en se tournant légèrement vers lui.
- Ou Alcatraz", ajouta à mi-voix celui qui paraissait être le plus jeune des vigiles.
Il lança un regard complice à Veronica puis se retourna sur le mur d’écrans.
"On ne t’a rien demandé Scotty, grogna le deuxième vigile.
- Vous avez tort tous les deux. Les caméras ne sont installées que dans les parties publiques et certaines pièces bien particulières comme la salle des coffres, répliqua sèchement Thomas à l’autre bout de la pièce.
Les bureaux et les ascenseurs ne sont pas sous surveillance", finit-il en revenant avec deux petites boîtes pleines de DVDs à boîtier transparent.
Veronica se tourna complètement vers lui.
"Tenez. Il doit y en avoir pour un peu moins de soixante-dix heures. Le lecteur DVD et la TV sont là-bas. Vous comprenez bien que ces bandes ne peuvent pas quitter la banque. Vous pouvez y passer la nuit si ça vous chante. Cette salle est occupée 24h/24.
- 24h/24 ?
- Une équipe de deux le jour. Une personne, la nuit.
- Je retire ce que j’ai dit. Vous êtes mieux que Fort Knox." Il poussa un petit soupir d’exaspération.
"D’autres questions un peu plus constructives?" Avant qu’elle ne réponde, il tourna les talons et se dirigea vers la porte.
"Juste une question", commença Veronica alors que la porte s’ouvrait.
Le chef se tourna vers elle et attendit. Elle lui fit un grand sourire et leva les boîtiers à hauteur de son visage comme si elle venait de recevoir un prix.
"Vous n’auriez pas du popcorn?" Thomas lui lança un regard noir et sortit de la salle de surveillance. Veronica leva les yeux au ciel et fit un pas en direction de la petite table qu’on lui avait réservée quand la voix du deuxième vigile l’arrêta.
"Vous êtes vraiment Veronica Mars?" Veronica eut un sourire faussement modeste.
C’est le début de la gloire. Je savais qu’un jour, mon nom susciterait l’admiration. "Je plaide coupable, répondit Veronica avec un large sourire.
- Votre père a mis mon frère aîné est en prison", continua-t-il sur un ton hargneux.
Peut-être devrais-je travailler sous un pseudonyme ? "Donc je suppose que cela fait de vous et moi des ennemis jurés pour la vie et vous ne répondrez à aucune de mes questions ?
- Je vois que votre perspicacité n’est pas une légende", railla-t-il, reportant son attention sur l’écran mettant clairement un terme à leur conversation.
Je vous l’avais dit. Mon mythe est en marche ! Et savez-vous ce qui est aussi légendaire chez moi ? Elle se dirigea vers la petite table et jeta un coup d’œil discret vers Scotty, le vigile sympathique qui l’observait avec un intérêt non dissimulé.
Mon charme. Ils échangèrent un sourire et Veronica s’assit. Elle savait qu’elle venait de se faire un allié.
**********
Une forte odeur de cigarette et de la musique hip-hop tonitruante enveloppèrent Weevil quand il entra dans le bar. Des cris de joie ou de protestation s’élevaient ici et là des différentes tables de billards. Il aperçut Hector en grande discussion avec un garçon d’une vingtaine d’années au physique de joueur de football américain et s’approcha. L’inconnu tapota l’épaule d’Hector et lui montra Weevil d’un signe de la tête. Un large sourire apparut sur le visage d’Hector et il descendit de la table pour accueillir son ami.
"Hey ! J’ai cru que tu ne viendrais plus!" s’exclama-t-il en lui donnant une accolade amicale.
Un peu mal à l’aise face à a cet accueil, Weevil répondit avec moins d’enthousiasme. Cependant, il ne pouvait s’empêcher d’être content de voir qu’il était attendu. A l’exception de Maria, cela faisait longtemps que sa simple présence n’avait plus été recherchée. Sa solitude lui pesa soudainement et il fut content d’avoir accepté l’invitation d’Hector.
"Je te présente Scotty. Il bosse avec moi. Scotty, voici un très bon ami moi : Weevil." Passablement éméché, le jeune homme éclata de rire en entendant le surnom.
"Weevil ? On t’appelle vraiment Weevil ? Pourquoi pas Scarabée ? Tes amis t’aimaient pas ou quoi ?" s’esclaffa-t-il en posant familièrement la main sur l’épaule du latino.
L’ex-leader des PCHers regarda la main posée sur lui puis Scotty qui le dépassait d’une bonne tête. L’air menaçant, Weevil fit un pas en direction de l’auteur de l’insulte qui continuait de rire. N’ayant pas oublié le tempérament de feu de Weevil, Hector s’interposa immédiatement.
"Scotty aime bien plaisanter, pas vrai Scotty ? Tiens, va nous chercher des bières, s’empressa de dire Hector en fourrant quelques billets dans la main du jeune homme avant de le pousser vers le bar, loin de Weevil.
- J’aime beaucoup tes nouvelles fréquentations, ironisa Weevil.
Je ne crois pas que c’était une bonne idée finalement.
-
Scotty est un peu lourd mais il n’est vraiment pas méchant. Toute façon, qu’est-ce que t’as de mieux à faire ce soir ?" Piqué au vif par la véracité de ces propos, Weevil se contenta d’un vague geste de la main pour marquer son agacement et promena son regard sur le reste de la salle. Trois jeunes femmes, une blonde, une brune et une afro-américaine semblaient se concerter à quelques tables derrière eux puis s’approchèrent.
"Au fait, j’espère que t’as prévu de rentrer tard ce soir, continua Hector.
- Pas vraiment non. Je commence à 8h30 et..." Il s’interrompit quand son regard croisa celui de la brune et il attendit qu’elles les rejoignent, prenant le temps d’apprécier la vue qui s'offrait à lui. Si ses deux amies avaient opté pour un top moulant et un jean taille basse, la brune avait choisi une mini-jupe. Sexy était le seul mot pour les décrire.
"On fait une partie? proposa la brune d’une voix séductrice.
- Vous misez combien?" répliqua Weevil.
La jeune femme échangea un sourire avec ses deux amies.
"Disons… 100 dollars, la partie?" Weevil et Hector ne purent retenir un mouvement de surprise.
"Vous êtes bonnes à ce point?" demanda l’ex-leader du gang des motards, légèrement admiratif.
La brune lui adressa un sourire coquin et s’approcha de lui. Avant qu’il ne s’écarte, elle le frôla délibérément et prit la queue de billard accrochée au mur derrière lui.
"Il faudra payer pour voir, susurra-t-elle.
Moi c’est Lilas.
-Cindy, se présenta la blonde.
Et elle, c’est Keisha."
L’afro-américaine se contenta de leur faire un petit signe de la main.
"Hector, et lui c’est… -Eli", répondit le Latino d’un ton ferme.
Scotty choisit ce moment pour revenir avec les bières.
"Oh! Good evening Angels. Appelez une ambulance, je crois que mon cœur vient de s’arrêter!" s’exclama Scotty.
Les jeunes femmes le regardèrent bizarrement. Hector secoua la tête face à cette remarque digne du plus mauvais dragueur alors que Weevil se retint de soupirer.La soirée risquait d'être longue mais l'œillade enflammée que lui lança la jolie brune lui assura qu'elle serait agréable. Pourtant, dans son esprit, c'est l'image d'une autre jeune femme brune qui apparut.
**********
Déposant son sac sur le comptoir de la cuisine, Veronica poussa un long soupir. Mac, déjà en pyjama, était assise par terre à la table basse du salon, adossée au canapé. Elle tapait furieusement sur le clavier de son ordinateur.
"Tu veux de la pizza?" demanda la jeune informaticienne sans quitter l’écran des yeux.
Veronica grimaça.
"Ca ira, j’ai déjà mangé mais vraiment Mac, soit on retrouve une deuxième Maria, soit tu devras apprendre à cuisiner. Tu ne peux pas continuer à te nourrir aussi mal quand je ne suis pas là pour faire le dîner. -
Veronica, dois-je vraiment te rappeler ce qui s’est passé la fois où Maria a voulu m’apprendre à faire des tamales ?" La détective marqua un bref temps d’arrêt et sa bouche forma un « o » puis sourit.
"Je n’ai rien dit." En allant s’assoir sur le canapé, elle caressa la tête de Back Up endormi sur le fauteuil.
"Ah au fait, j’ai passé l’après-midi sur les sites que tu m’avais demandés. Tu savais qu’on pouvait acheter les cheveux de Britney Spears ? Et même un de ses sous-vêtements.
- Je croyais qu’elle n’en portait plus depuis l’année dernière, répliqua Veronica sans manifester la moindre surprise face à cette nouvelle.
- C’est ce que je me disais aussi. C’est un imposteur", conclut Mac en secouant la tête d’un air réprobateur.
Elles échangèrent un bref regard et éclatèrent de rire.
"Enfin tout ça pour dire que sur les sites un peu plus « sérieux » dirons-nous, je n’ai pas trouvé d’annonce pour ton collier. T’es vraiment sûre que si le voleur cherche à le revendre, il passera une annonce sur le net ?
- S’il cherche à le revendre, ça devra être avant vendredi. Lorsque la propriétaire sera au courant du vol de son collier, elle n’hésitera pas à alerter Interpol s’il le faut. Alors à moins que nous ayons affaire à un gentleman cambrioleur qui ne vole que pour la beauté de l'art et se construit sa collection privée ou alors que le voleur ait des contacts avec un richissime collectionneur privé,donc impossible à retracer, Internet sera le moyen le plus rapide de s’en débarrasser.
-Conclusion, je continue à surveiller les sites ?
-Je préfère oui. Autant mettre toutes les chances de notre côté. On ne sait jamais. Merci de ton aide, Mac." La jeune femme brune lui sourit et se leva en prenant son ordinateur avec elle.
"Aucun problème. C’est quand même bizarre de voler un bijou. Tant qu’à faire autant se servir directement dans les caisses de la banque.
- Ah Mac! les voies des voleurs sont impénétrables. Il y a bien longtemps que j’ai renoncé à comprendre certains comportements, soupira Veronica d’un air résigné.
- Oh tu sais, il n’y a pas que les voleurs. Il y a très longtemps que j’ai arrêté de chercher à te comprendre, la taquina Mac en esquivant le coussin qui volait dans sa direction.
Tu retournes à la banque demain ?
- Je dois interroger quelques personnes et continuer à visionner ces bandes de surveillance.
- Oooh, ça m’a l’air très passionnant.
- Très! mais j’ai fait la connaissance d’un vigile très sympathique et fan des Experts, ça aide à faire passer le temps.
- Sympathique parce qu’il est mignon ou sympathique parce qu’il t’a donné plein d’informations ? demanda Mac en souriant.
-
Tu vois que tu n’as pas besoin de me comprendre. Tu me connais déjà par cœur. Et pour répondre à la question, je dirais surtout pour la deuxième raison parce que même s’il est très mignon et très gentil … j’ai parfois l’impression d’être face à Dick." Mac s’accorda une petite grimace puis sourit.
"Je vais me coucher. A demain.
- Bonne nuit." Alors que Mac quittait la pièce, Veronica porta son attention sur l’écran de la télévision où défilaient les informations de 22 heures et ouvrit la boîte de la pizza familiale que Mac avait commandée. Elle était vide.
"Heureusement que tu avais déjà dîné", dit Mac d’une petite voix.
Veronica releva la tête et lui sourit en secouant la tête comme lorsqu’on vient de prendre un enfant en faute mais qu’il est impossible de lui en vouloir.
**********
En entrant dans la banque le lendemain matin, Veronica repéra Hector assis à une petite table dans un coin près de l’entrée. Leur regard se croisèrent et sa bouche esquissa un sourire moqueur.
"Tiens, tiens. Regardez qui voilà. Veronica Mars. Je ne m’attendais pas à te voir ici, dit-il sur un ton ironique en la regardant de haut en bas.
-
Je pourrais te dire la même chose. Je n’aurais jamais cru te voir porter l’uniforme.
- Il paraît que les filles raffolent des hommes en uniforme.
- Pas trop quand il ressemble au policier des Village People." Hector émit un petit sifflement et tapa deux fois des mains.
"Toujours le sens de l’humour.
- Ecoute, je ne sais pas exactement ce que tu veux à Weevil mais tu n’as pas intérêt à l’entraîner dans un mauvais coup.
- Wow! C’est touchant de voir que tu t’inquiètes pour lui. Hum…rappelle-moi un truc. Quand exactement êtes-vous devenus les meilleurs amis du monde ? dit Hector d’un ton faussement amical.
Allez, je ne te retiens pas. Il paraît que t’es à la recherche d’un bijou. C’est pas en discutant que tu vas le retrouver." Veronica l’observa quelques secondes et il eut un petit éclat de rire.
"Oh mais tu me soupçonnes, on dirait. Evidemment dès qu’il y a un problème, c’est le mexicain qu’on pointe du doigt mais pas de chance, je n’étais pas de garde la semaine dernière.
- C’est bizarre ce besoin de se justifier alors que je n’ai rien dit", sourit-elle avant de s’éloigner vers les ascenseurs sous le regard agacé d’Hector.
***
"Comment ça vous n’avez toujours pas reçu les emplois du temps de nos vigiles ? s’énerva John Doe.
Amanda ! Apportez-moi immédiatement l’emploi du temps de l’équipe de sécurité, cria-t-il dans l’interphone.
Je suis vraiment désolé Mademoiselle, continua-t-il d’une voix plus calme en souriant à Veronica qui était assise dans son bureau, face à lui.
- Ce n’est pas grave.
- Si, si. C’est une course contre la montre et ce genre d’incidents doit vous retarder dans vos investigations, non ?" Avant qu’elle n’ait le temps de répondre, la secrétaire entra rapidement, une feuille de papier à la main, et le donna au directeur de la banque sans un mot.
"A l’avenir, sachez que mes ordres doivent être exécutés sur le champ, est-ce clair?
-Très clair", murmura Amanda les yeux rivés au sol.
Veronica ressentit un élan de sympathie envers la jeune secrétaire. Son chemisier blanc, sa longue jupe noire, ses cheveux sagement retenus par un serre-tête… On aurait dit qu’elle allait à la messe. Amanda quitta rapidement la pièce.
"Très gentille mais si on ne la bouscule pas un peu, rien ne sera fait, expliqua John Doe avec un petit sourire d’excuse.
-
Je dois y aller, j’ai un cours dans une heure. J’étais juste venue vous demander ceci, dit Veronica en s’emparant de l’emploi du temps.
Je reviendrai cette après-midi.
- Vraiment, je vous admire. Vous arrivez à concilier vos études et un travail aussi … prenant.
-C’est une question d’habitude", sourit la jeune femme.
Elle prit congé.
***
Debout dans la file d’attente pour s’acheter un café, Veronica regardait distraitement les étudiants présents dans la cafétéria. Elle pencha légèrement la tête et aperçut Weevil à trois personnes devant elle. Elle n’hésita pas et vint se tenir juste à côté de lui en ignorant les grognements de protestation des personnes qu’elle venait de dépasser. Il étouffait un bâillement au moment où elle l’aborda.
"Des soucis mon pauvre ami? Des problèmes qui t'ont empêché de dormir? Ne t'inquiète pas...je suis là, sourit-elle. Hum etc etc bla bla et le soleil brillera demain à nouveau." Après lui avoir lancé un regard perplexe, il bâilla une nouvelle fois et lui fit un signe de la tête pour lui dire bonjour. Il avait les traits tirés et avait apparemment passé une nuit agitée.
"Alors il paraît que tu as fait la fête toute la nuit? J’ai croisé ton cher ami Hector ce matin. Il avait exactement la même tête que toi." Ils s’affrontèrent du regard quelques secondes. Weevil fut le premier à abandonner.
"On s’est fait un billard hier soir, et je suis rentré un peu tard et alors ? C’est un crime ?
- Non mais… Tu sais que j’enquête dans la banque où il travaille. Il y a eu un vol.
-Et évidemment, tu le soupçonnes. C’est bien toi d’accuser sans preuve." Veronica réprima la réplique cinglante qu’elle s’apprêtait à faire et se força à sourire.
"Je n’ai jamais dit ça. Juste… Fais attention. Ne traîne pas trop avec lui. Il ne m’a pas l’air aussi clean qu’il y paraît.
- Et c’est reparti, soupira Weevil en levant les yeux au ciel.
Je me passerai de café pour cette après-midi", conclut le latino avant de sortir de la file.
La détective l’observa quitter la cafétéria d’un air triste. Ayant enfin réussi à avoir son café, elle retourna à la table où l’attendait Wallace, ses livres étalés devant lui. Elle s’assit face à son ordinateur.
"Dis-moi Wallace, que penses-tu de Weevil?" Wallace leva la tête et la regarda d’un air soupçonneux.
"Il n’y a pas de piège, le rassura-t-elle.
Réponds franchement.
- Hum… C’est clair que nous ne serons jamais amis lui et moi mais…J’avoue que depuis cette année, j’ai eu l’occasion de le voir sous un autre jour. Sans oublier qu’il est beaucoup moins intimidant avec son chiffon ou sa caisse à outils aujourd’hui plutôt que l’époque où il avait sa garde rapprochée personnelle 24/24.
- Il a changé.
- Je suppose mais on change tous de toute façon… En tout cas, c’est évident que j’éviterai toujours de m’en faire un ennemi. Pourquoi tu me demandes tout ça?
- Pour rien, sourit Veronica.
Tu sais Wallace, je ne te le dis peut-être pas assez mais je suis vraiment heureuse qu’on soit amis." Son ami fronça les sourcils.
"T’as besoin de quelque chose?
-Non. Je pensais simplement à toutes ces années où nous avons été amis et à toutes celles qui nous attendent encore.
- D’accord, mon rein gauche est déjà réservé à un membre de ma famille mais je veux bien te donner mon rein droit.
- Wallace, tu ne peux vivre qu'avec un seul rein.
- Exact. Donc autant me demander autre chose." Elle lui donna une petite bourrade amicale et appuya sur quelques touches de son ordinateur pour consulter ses mails.
"Tout ce que je veux dire c’est que… Je sais la chance que j’ai de t’avoir rencontré. Je sais que j’aurais vécu différemment nos plus belles années, j'ai nommé cette merveilleuse période qu’est le lycée.
- Tout à coup, j’ai l’impression d’être dans la peau de Randy Mitchell, répondit Wallace avec un sourire.
- Je préfère être Winnie que Kevin Arnold. Merci beaucoup, rétorqua la jeune fille d’un air faussement outré.
- Je te l’accorde. Mais sache que ces années n’auraient pas été pareilles sans toi." Ils échangèrent un regard chargé d’émotion.
"Cette conversation n’a jamais eu lieu, dit Veronica au bout de quelques secondes et en regardant son écran à nouveau.
- Quelle conversation?" Il sourit et se replongea dans ses livres. Veronica fronça les sourcils en lisant la liste des noms des vigiles. Le troisième nom était : Hector Cortez.
D’accord les gens changent mais un ancien délinquant reconverti en vigile… Vous y croyez vraiment ?**********
Rupee Ft. Daddy Yankee - Tempted To Touch (Reggaeton Remix) Il était déjà 19 heures. Installé sur une petite planche à roulettes, Weevil travaillait sous une Honda Civic 1995. Ses pieds marquaient légèrement le rythme du la musique reggaeton qui sortait de la chaîne hi-fi placé à quelques mètres de lui. Un mécanicien, qui passait à côté de la voiture, tapa sur le toit.
"J'y vais. C'est toi qui fermes la boutique." Un "ok" étouffé lui parvint jusqu'aux oreilles et il s'en alla. Désormais, Weevil était seul dans le garage. Quelques minutes après, il vit une paire de Timbaland noires s'approcher.
"Yo! Weevil? Où t'es?" demanda Hector.
Weevil fronça les sourcils et fit glisser la planche pour sortir de sous la voiture.
"Ola, ola, que pasa !" s’exclama Hector en le voyant.
Weevil prit son temps pour se lever. Il ne répondit pas au sourire chaleureux que lui offrit Hector et tout en s’essuyant les mains, il alla baisser le volume de la chaîne hi-fi.
"Qu’est-ce que tu veux ? attaqua le mécanicien.
- Wow ! Qu’est-ce qui se passe ? C’est moi ou il fait plutôt froid ici ? T’es en colère parce que Lilas ne t’a pas donné ce que tu voulais hier soir ?
- Je l’ai raccompagnée chez elle et c’est tout; maintenant réponds à ma question, qu’est-ce que tu veux?" D’abord étonné, Hector sourit.
"Je vois. T’as dû parler avec la petite blonde, c’est ça? Elle est venue te voir et elle t’a dit que je n’étais pas fréquentable, c’est ça ?
- Tu as volé ce collier ?
- Ca au moins, ça n’a pas changé. Tout ce que dit Veronica Mars est parole d’évangile à tes yeux. Elle te dit « saute » et tu dis « à quelle hauteur ? ». Sincèrement, Weevil, je pensais que t’étais passé à autre chose.
- Ca veut dire quoi exactement?" Hector hésita mais ne répondit pas. Il tourna les talons.
"Si je suis revenu vers toi, c’est parce que je sais quel effet ça fait d’essayer de changer et de se sentir seul mais si tu ne veux pas me faire confiance…" lança-t-il en se dirigeant vers la sortie.
Des sentiments contradictoires assaillirent Weevil. Si lui avait changé, pourquoi pas Hector ? Pourquoi ne pas lui donner une deuxième chance ?
"Attends" Hector s’arrêta et se tourna en dissimulant un sourire. Leur regard se croisèrent et pour la première fois, Weevil eut l’impression de retrouver son ami.
***
La journée n’avait pas été riche en rebondissements. Veronica avait fini de visionner les bandes de surveillance en accéléré sans trouver un quelconque début de piste. L'interrogatoire de quelques employés de la banque n'avait rien donné. Pour l’instant, elle était forcée de le reconnaître, son enquête était au point mort même si son instinct lui disait qu’Hector était impliqué. Néanmoins, elle devait se laisser guider par
le bon bout de la raison.
La jeune femme descendit lentement les marches de la banque en espérant que Mac n’avait pas encore commandé une pizza. Son portable sonna.
"Ah Mac, je pensais à toi… Ca y est, t’as trouvé une annonce pour le collier ? Parfait, je serai à l’appart dans une demi-heure. A tout à l’heure." Contente, Veronica raccrocha et faillit presque rentrer en collision avec Scotty.
"Oh vous partez alors que j’arrive, s’exclama le vigile en souriant.
Si j’avais su, j’aurais demandé à ce qu’on change mes horaires.
- Juste pour moi? minauda Veronica.
-
Juste pour vous, dit le jeune vigile en lui prenant la main et en lui faisant un baise-main.
- Laissez-moi deviner. Vous avez vu ça dans un film et vous avez toujours eu envie de le faire?" Scotty éclata de rire et se redressa.
"Votre enquête avance?
- Elle … suit son cours.
- Oui autrement dit vous n’avez toujours rien trouvé, s’esclaffa le jeune homme.
- Eh oui, soupira Veronica.
Si ça pouvait être aussi simple que dans les séries. Une journée d’investigation et tout est réglé.
- C’est vrai mais dans les Experts, je vous assure qu’ils sont d’un réalisme étonnant. Les enquêtes sont peut-être courtes mais elles sont très complexes. Tenez dans l’épisode de la semaine dernière, bon c’était une rediffusion mais je l’ai quand même regardé, et bien c’était l’histoire d’un garçon qui avait assassiné sa petite amie et...
- Ce n’est pas que cette conversation ne soit pas intéressante mais je n’ai presque rien mangé de la journée et il faut vraiment que j’y aille, s’excusa Veronica.
-
Bien sûr. A bientôt", sourit le vigile en s’écartant pour la laisser passer.
Elle s’arrêta et fit volte-face.
"Scotty? Vous avez regardé l’épisode de la semaine dernière pourtant… Il me semble que vous étiez censé travailler mercredi dernier." Le sourire affable de Scotty disparut et son visage devint livide.
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Lianne jouait nerveusement avec une serviette en papier tout en surveillant la porte du snack-bar où elle avait donné rendez-vous à Veronica. Elle sourit et leva la main lorsque la jeune femme fit son entrée.
"Merci d’être venue, je sais que tu es en pleine enquête et que tu ne dois pas avoir le temps, commença Lianne une fois que sa fille se fut assise en face d’elle.