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4.12 - Curtain Falls
Note de l'équipe: dans cet épisode, vous trouverez les dialogues en italique et les voix-off en gras.

Bonne lecture!



* * *


Veronica gara la mustang noire. Ses mains étaient posées sur le volant. Elle posa la tête contre le cuir froid en soufflant bruyamment. Elle savait pertinemment que ce qu'elle avait à annoncer était une bombe qui allait sûrement tout dévaster sur son passage. Elle ne savait que trop bien comment Logan allait réagir et pourtant, il fallait qu'elle le fasse.
Elle descendit, refermant doucement sa portière. La jeune détective marcha lentement en direction de la porte d’entrée. Elle se dirigea vers l'ascenseur et appuya fébrilement sur un des boutons. Arrivée devant la porte du loft, elle prit une grande inspiration et frappa trois coups hésitants.
Elle entendit un peu de brouhaha, un cliquetis, et la porte s’entrouvrit laissant apparaître le visage de Dick, souriant.

« Salut, vous ! lui dit-il en souriant de façon narquoise, qu’est-ce que tu veux ?
- Il faut que je parle à Logan, c’est important…
dit-elle.
- C'est bizarre mais j'ai comme une impression de déjà-vu! » s'exclama Dick en croisant les bras sur sa poitrine.

Puis, se tournant vers l’intérieur du loft, il cria :

« Logan, c’est toi qui as commandé une mini strip-teaseuse ? Non pas que l'initiative me dérange mais à neuf heures du matin, quand même... Et puis, la prochaine fois, demande Crystal parce que celle-la n'a même pas sa tenue d'infirmière ! »

Veronica avait elle aussi croisé les bras, et ses yeux en disaient long sur son exaspération.

« Tu peux me la décrire ? demanda Logan, depuis le salon.
- Alors, blonde, plutôt petite et un sacré caractère… Accessoirement elle a failli te descendre. C’est assez précis comme descrïption ou je continue ?»

Dick était goguenard. Veronica entendit des pas rapides venant dans leur direction. Logan apparut, vêtu d’un jean et d’un tee-shirt. Elle commençait à taper du pied, visiblement irritée.
Regardant son meilleur ami, Logan soupira.

« Tu ne pouvais pas juste la laisser entrer ?
- Si, mais cela aurait été beaucoup moins drôle !
»

Logan poussa Dick et fit entrer Veronica.
Dick haussa les épaules en souriant et se dirigea vers le canapé sur lequel il s'étendit de tout son long pour se replonger dans le match de beach volley féminin qui passait à la télé.

« Je t'ai connu plus rapide, Mars. Je t'ai appelée avant-hier ! Heureusement que tu n'as pas été castée pour jouer dans 24h chrono, parce qu'avec toi, le sénateur Palmer serait déjà six pieds sous terre !
- Que veux-tu, les femmes aiment se faire désirer
», répondit-elle avec un petit sourire.

Dick se saisit de la télécommande et monta ostensiblement le volume de façon à faire comprendre aux deux autres qu’il ne souhaitait pas assister à la discussion. Logan et Veronica le regardèrent, perplexes.

« Tu crois qu’on… » commença t-elle en montrant l’extérieur.

Le volume grimpa d'un cran supplémentaire.

« Oui… Viens, on sera plus tranquille. »

Logan ouvrit la baie vitrée donnant sur la terrasse et fit signe à Veronica de passer. Ils se faisaient désormais face, chacun les yeux baissés, attendant que l’autre prenne la parole.

« J'ai besoin de ton aide... » commencèrent-ils en même temps.

Un sourire de connivence apparut sur leur visage.

« Je t'écoute. dit Veronica.
- Je m'inquiète peut-être pour rien mais je n'ai pas eu de nouvelles de Charlie depuis deux jours, j'ai appelé chez lui et sur son portable, mais aucune réponse. J'ai peur qu'il lui soit arrivé quelque chose et j'aimerais que tu m'aides à le retrouver.
- C'est ce que j'ai cru comprendre en entendant ton message.
»

Alors là, j’avance en terrain miné. Veronica, prudence, ton père dirait tact et délicatesse… Mais sois franche envers toi-même, ça n’a jamais été ton point fort.

« En fait, je venais un peu pour la même chose, dit-elle d'une voix hésitante, j'espérais que tu aurais une idée de l'endroit où il pouvait être.
- Si je le savais, je n'aurais pas besoin de tes services. Mais, je n'ai pas tout saisi, tu cherches mon frère ?
- En fait, je…
» commença-t-elle, voyant le regard intrigué de Logan.

Perdre patience serait la seconde étape, puis la surprise et... Elle le connaissait si bien qu’elle redoutait ce qui allait arriver.

« Veronica, ne tourne pas autour du pot !
- Je dois absolument retrouver ton frère.
- Pourquoi ?
demanda Logan.
- Disons que j'ai mes raisons...
- Et quelles sont ces raisons ?
insista le jeune homme.
- Ecoute, Logan, je...
- Arrête ton cinéma, Ronnie !
lâcha-t-il avec impatience. Tu veux savoir où est mon frère, moi je veux savoir pourquoi !
- J'ai de bonnes raisons de penser que ton frère est mêlé aux morts suspectes des étudiants de Hearst.
»

Les mots qu'elle venait de prononcer avaient fait leur effet. Le visage de Logan se décomposa un instant, avant de reprendre cet air dur qu'elle lui avait souvent vu dans les moments difficiles. Les secondes suivantes parurent interminables tant le silence qui régnait était pesant. Logan finit enfin par sortir de son mutisme.

« Je ne comprends pas, ces affaires ont été résolues. dit-il.
- Il y a beaucoup trop de coïncidences... J'ai étudié chaque cas et je pense que...
- Attends,
la coupa-t-il, tu es en train d'accuser mon frère là ! Je crois qu'il te faut plus que des suppositions !
- Logan, s’il te plaît, calme-toi,
dit-elle.
- Me calmer ! s'exclama-t-il en levant les yeux au ciel. Et tout ça repose sur quoi ? Ton flair légendaire ? Quand un meurtre a lieu, y a toujours un Echolls dans le coup, c'est ça ? Je dois t'avouer que ça devient fatigant, Veronica !
- Logan !»
s'exclama-t-elle, visiblement blessée par ces derniers mots.

Ils restèrent quelques instants à se regarder, la tension était palpable. Logan savait qu'il avait été trop loin.

« Je suis désolé, s'excusa-t-il. Mais je ne vois pas ce que mon frère a à voir avec ces affaires.
- Je ne le sais pas non plus, pour l'instant. C'est cette histoire de traduction qui a éveillé mes soupçons. Charlie m'a donné une traduction complètement fausse.
s'expliqua-t-elle.
- Et c'est tout ? Pour une simple erreur en latin, tu le condamnes ? C'est dingue !
- Je veux bien qu'il se soit trompé sur un mot mais là, la version de ton frère est totalement différente. C'est pourtant toi qui m'as dit qu'il maîtrisait, non ?
- Et alors, c'est si grave que ça ? Ce n'est qu'une phrase !
acheva-t-il d'une voix pleine de nervosité.
- Oui, une phrase que quasiment toutes les victimes connaissaient et utilisaient, tu trouves ça anodin, toi ? C'est comme si Charlie avait voulu me mettre sur une fausse piste. »

Logan relâcha les poings qu'il avait serrés durant toute la conversation. Il lui tourna le dos et donna un grand coup de pied contre le mur, ce qui sortit Dick de son examen minutieux des bikinis que portaient les joueuses de volley. Il s’étira pour observer ce qui se passait sur la terrasse. Il vit son meilleur ami, les mains posées sur sa nuque et la tête baissée. Veronica, elle, regardait par-dessus le balcon en se tordant les doigts avec nervosité. Ils paraissaient l'un et l'autre tendus.

« Et c'est reparti pour un tour ! » soupira Dick.

Il se leva, fouilla sous les coussins du canapé et en retira un exemplaire de Playboy.

« Salut Clarisse, c'est toi que je cherchais ! Que dirais-tu d'un petit tête à tête avec Le Dick ? »

Il se dirigea vers sa chambre en louchant sur la poitrine du mannequin en couverture du magazine. Avant de quitter le salon, il jeta un dernier coup d'œil sur la terrasse, Veronica et Logan n'avaient pas bougé.


* * *


Générique.


* * *


Veronica attendait avec anxiété la réaction de Logan, qui ne s'était toujours pas retourné.

« Finalement, tel père, tel fils, n'est-ce pas ? l'entendit-elle prononcer.
- Ne dis pas ça...
- Pourquoi ? Mentir et faire du mal, c'est bien le tempérament des Echolls ça ! Mon père aurait peut-être été fier de lui, un meurtrier de plus dans la famille ! lâcha-t-il en se retournant.
- Je ne dis pas qu'il est à l'origine de ces morts, il peut avoir joué un rôle mineur dans tout ça... expliqua-t-elle.
- Comment peut-on jouer un rôle mineur quand il s'agit de mort ? » questionna Logan, amer.

Logan avait baissé la tête à nouveau, ses yeux lui piquaient. Veronica ne comprenait que trop bien ce qu'il pouvait ressentir, le mal qu'on éprouvait quand quelqu'un à qui on avait donné sa confiance la trahissait. Elle s'approcha doucement de Logan et posa la main sur un de ses bras croisés. Il leva les yeux vers elle, sa peine était lisible.

« On ne le saura qu'en parlant à Charlie. C'est pour ça qu'il faut que je le retrouve », dit Veronica avec toute la douceur dont elle était capable.

Logan plongea ses yeux dans les siens.

« Alors, on va le chercher.
- Logan, je peux m'en occuper toute seule.
- Oui mais c'est mon frère, dit-il avec détermination, et s'il est, comme tu le crois, mêlé à ces affaires, il peut être dangereux.»

Veronica savait qu'il était inutile d'essayer de le faire changer d'avis. Elle retira doucement sa main du bras de Logan.

« Je te tiens au courant dès que j'ai du nouveau. »

Le jeune homme acquiesça et se retourna pour fixer l'horizon. Veronica se dirigea vers la sortie mais ne put s'empêcher de jeter un dernier regard vers son ex-petit ami avant d'ouvrir la porte; il n'avait pas bougé.


* * *


Veronica franchit les portes de Mars Investigation avec une boule à l’estomac. Une chose était certaine, elle devait retrouver Charlie. Elle jeta négligemment son sac sur le sofa et se dirigea vers la petite cuisine pour se préparer un grand café, puis s’installa à son bureau.

En quelques clics, elle accéda à son site préféré, www.privateyez.com, rentra quelques données et patienta, tapotant nerveusement son crayon sur la surface plastifiée, produisant un son des plus agaçants.

« Charlie Stone,dit-elle à haute voix, que nous as-tu caché ? »

Elle se concentra sur le petit écran… Rien, pas une seule infraction au code de la route, pas d’amende pour mauvais stationnement.

Ma parole, il doit certainement être le seul californien à avoir un casier plus blanc que blanc, même le mien… Non, ne parlons pas du mien…

Même si Logan pensait que son frère pouvait être un menteur, le prouver allait être certainement beaucoup plus compliqué. Et pour ce, elle devait utiliser toutes les ressources dont elle disposait.

Elle décrocha son téléphone et composa un numéro.

Une voix aiguë et un brin agaçante lui répondit :

« Banque California, Bonjour…»

Quelque peu surprise, par cet accueil, Veronica répondit :

« Euh… Bonjour, je souhaiterais parler à M.Alister, s’il vous plaît.
- Qui dois-je annoncer ?
piailla la standardiste.
- Veronica Mars, ça devrait aller, non ? plaisanta-t-elle.
- Oui, très bien" répondit-elle sèchement.

A la voix de la standartiste, Veronica imagina  une copie de Maddison Sinclair assise derrière un petit bureau, en tailleur très chic, cela allait de soi. Et peut-être aurait-elle la capacité de réaliser plusieurs tâches en même temps ? Répondre au téléphone et se limer les ongles ?

Veronica souriait dans le vide quand une voix masculine la tira brutalement de ses pensées.

« Veronica, bonjour.
- Hank, bonjour ! Comment allez-vous ?
- Bien, bien et ton père ?
- Plus que bien aux dernières nouvelles.
- Tant mieux avec tout ce qui s’est passé, j’imagine que tout n’a pas été facile pour lui.
- Effectivement, mais un Mars sait toujours rebondir. Mais si je vous appelle, c’est pour un petit service...
- Attends, je prends de quoi noter. Quel compte dois-je surveiller ?
- Vous allez aux devants de toutes mes espérances, Hank !
- Son nom ?
- Charlie Stone. »


Elle l’entendit pianoter à l’autre bout du combiné.

« Voyons… M.Stone n’a fait aucune dépense depuis une semaine. Désolé, Veronica…
- Et le dernier achat?
- Dans une petite épicerie nommée « Alkali-Lake » sur Harrington Avenue.
- Merci
dit-elle en griffonnant l’adresse sur son bloc.
- Au moindre mouvement, je t’informe.
- Entendu.
- Mes amitiés à ton père !
- Je n’y manquerai pas. »


Elle raccrocha.

Une bonne chose de faite ! Maintenant, essayons de découvrir ce que tu peux bien cacher, Charlie Stone…


* * *


Policy of truth - Depeche Mode

Une vieille Dodge bleue filait à vive allure sur une route perdue au milieu de nulle part. Le paysage se faisait répétitif, quelque peu désertique.
Charlie jetait nerveusement des regards furtifs dans son rétroviseur. Cette sensation désagréable ne s’estompait pas, ne le quittait pas. Elle lui nouait les entrailles, l’empêchait de respirer pleinement.

Un panneau se dessina à l'horizon : c'était le premier depuis plusieurs kilomètres. Il fit mine de réfléchir et ralentit l’allure. Il n’avait plus beaucoup d’argent. Son regard se perdit dans le vague tandis qu'il se souvenait de son départ, une semaine plus tôt.

Des bagages à ses pieds, il tâtait, pensif, les poches de sa veste. Son portable sonna, le rappelant à la réalité. Il ignora l’appel, prit sa valise et sa sacoche et referma la porte de son appartement sans se retourner. Il fut alors accosté par le gardien de sa résidence.

"Vous partez en vacances, monsieur Stone ?
- Oui, pour quelques jours. J'ai besoin de changer d'air.
- Vous avez bien raison. Profitez, tant que vous êtes jeune. Bonnes vacances monsieur Stone.
"

Il revoyait le concierge lui faire un dernier au revoir de la main avant de rentrer chez lui...
Sorti de ses pensées, il aperçut à quelques centaines de mètres, sur sa droite, une bâtisse assez délabrée.
Il décéléra, mit son clignotant bien que ça ne servit à rien, puisqu’il y avait peu de circulation.

Un néon rouge en forme de flamand rose clignotait, au dessus de l’inscrïption « Palm Tree Lodge Motel ».

Le parking était désert, il n’avait que l’embarras du choix pour se garer. Il coupa le moteur et descendit de voiture, saisissant sa valise sur le siège arrière. Voilà tout ce qu’il lui restait, quelques vêtements et souvenirs.

Le motel gisait, comme un bateau échoué, au milieu du désert. La couleur ocre s’étendait sur des kilomètres, une petite brise agitant le sable et le peu de végétation alentours. Il se demanda d’ailleurs pourquoi avoir utilisé le nom de « Palm Tree ». Visiblement soit le gérant n’en avait jamais vu, soit il était bourré d’humour. Il poussa la porte.
Un homme d’une quarantaine d’années était assis derrière un comptoir, totalement subjugué par l’écran de télévision.
Le jeune homme hésita pour poser son bras sur le comptoir, relativement suspect.

Sans regarder Charlie, le gérant s’adressa à lui :

« Ici, c’est 30 dollars la nuit, payé en cash, maintenant. Vous avez le câble mais pas toutes les chaînes. Pour la nourriture, il y a un distributeur, sinon c’est quinze kilomètres plus loin, un truc miteux au bord d’une route. Quand vous partirez, n’oubliez pas de laisser la chambre dans l’état dans lequel vous l’avez trouvée. Des questions ?
- Euh, non"
bredouilla Charlie.

L’homme se leva enfin et s’approcha. Charlie vit que son visage avait été buriné par le soleil, ses mains devaient être celles d’un travailleur manuel, un peu rugueuses.
Le gérant s’empara d’un registre.

« Votre nom ?
- Quoi ?
dit le jeune homme.
- Il me faut bien un nom, alors ?
- Désolé, je n’avais pas bien compris. Hanson… Georges Hanson ! »


L’homme se retourna et fouilla dans un petit placard, situé derrière lui. Il prit une clé au hasard.

"Tenez" lui dit le gérant.

Charlie la saisit mais le gérant la tenait toujours.

« N’oubliez pas … la chambre : dans le même état !
- Oui, oui bien sûr,
dit Charlie.
- C’est bien… »

Charlie prit rapidement la clé ; l’homme retourna s’asseoir, comme si de rien n’était.

Une fois à l’extérieur, il regarda le numéro de sa chambre.
Il prit les quelques affaires qui restaient dans le coffre, après avoir garé sa voiture à côté de la chambre.
Il gravit les deux marches le séparant... De quoi ? Il ne savait pas trop. Il tourna la clé et entra.
Une dernière fois, il regarda l’extérieur : rien, un silence pesant.
Il referma doucement la porte.


* * *


Devant son ordinateur, Veronica désespérait. Pas une seule contravention, pas d’heure de colle, pas de punition en primaire.

Charlie est donc un de ces êtres parfaits. Peut-être un peu trop parfait à mon goût… Aucune piste sombre à exploiter, ça devient presque navrant.

Elle fouilla son sac et vérifia son portable. Logan avait essayé de la joindre, probablement pour avoir des infos. Elle ne pouvait donc pas couper à un deuxième voyage dans le monde magique et féérique d’Echolls-Casablancas.
Elle referma son ordinateur, prit ses clés au coin du bureau et sortit, laissant derrière elle une cafetière vide.



Logan et Dick regardaient la télévision, bol de chips sur la table basse et bières à la main. Logan regardait frénétiquement son portable: cela faisait plus de deux heures qu’il avait tenté de la joindre et rien...

« Logan, profite c’est le défilé lingerie Victoria’s Secret ! Y en a pas tous les jours… Oh toi chérie ! T’es magnifique!" s'enflamma Dick, les yeux rivés sur la télévision.

Logan secoua la tête. Bien qu’amusé par son ami, les idées fusaient.

« Fais pas cette tête ! Bois un coup, tu verras, ça te déstresseras… Santé les filles ! »

Il but d’une traite le reste de sa bière.

On sonna.

Dick, avec une agilité incroyable, sauta du canapé et courut jusqu’à la porte.

« Crèmes glacées ! Purée ils sont vraiment rapides chez Ben and Jerry's! »

Lorsqu’il ouvrit, la déception put se lire avec une facilité déconcertante sur son visage.

« Logan c’est pour toi » dit-il laissant la porte ouverte et retournant s’asseoir comme si de rien n’était.

Veronica entra, visiblement amusée par la faculté de Dick à changer d’attitude, et referma la porte derrière elle.
Logan se leva et se planta devant elle.


« J’ai essayé de te joindre il y a plus de deux heures !
- Je sais,
se contenta-t-elle de répondre.
- Qu’est-ce que tu as trouvé ?
- On peut s'éclipser ailleurs ?
demanda-t-elle, voyant Dick faire la grimace.
- Oui, bien sûr. »

Ils se retrouvèrent dans une situation similaire à la veille: sur la terrasse.

« Alors ? » s’enquit-il.

Veronica connaissait ce regard, le même que lorsqu’il lui avait demandé de chercher sa mère.
Elle fouilla son sac et en ressortit un dossier.

« Eh bien, commença-t-elle, soit ton frère est la perfection-même, soit il sait très bien cacher ses petits secrets.
- C’est pourtant un Echolls !
dit-il avec ironie.
- Logan… Charlie est parfaitement lisse : pas de contravention, pas d’arrestation… J’ai demandé un traçage de sa carte de crédit, au moindre mouvement, je le saurai.
- Ok…
- Par contre, je dois savoir si tu n’as pas remarqué quelque chose de suspect. Vous avez passé pas mal de temps ensemble et il y a peut-être quelque chose qui pourrait me servir.
- Pas spécialement.
- Il ne me reste plus qu’à fouiller son appartement alors...
déclara Veronica.
- Je t’accompagne, dit Logan.
- Pas de problème. »

Ils commençaient à partir quand soudain Logan se tapa le front.

« Mince, j’ai un cours d’économie! »

Veronica parut étonnée de sa réponse et le dévisagea.

« Et si je le loupe, je vais me faire virer... Dernier cours avant l’examen, déclara-t-il, ennuyé.
- Tes priorités auraient-elles changé ? le questionna Veronica.
- Oui et non, tout est une question de choix et là, c'est un dilemme... Charlie est la seule famille qu'il me reste... Enfin, tu parles d'une famille !
- Ton cours dure combien de temps ?
demanda Veronica, le regardant peser le pour et le contre.
- Une heure, pourquoi ?
- Bon, je te dépose à Hearst si tu veux, je me prends un petit café, et il faut que je passe voir mon père. Donc on peut dire que c’est l’heure dont j’ai besoin. Comme ça, on va fouiller l’appartement ensemble, ça te va ?
- Oui… »


Logan ramassa ses affaires gisant sur la table basse, les fourra dans son sac à dos au pied du canapé.

« Tu vas où ? s’inquiéta Dick.
- En cours. »

Logan et Veronica venaient de franchir la porte quand Dick réagit.

« En cours ? Non mais j’aurais vraiment tout vu ! Franchement… Plus rien ne tourne rond sur la planète Terre quand Mars éclipse toutes les autres. »


* * *


« Je vous remercie de votre attention, pensez à me remettre vos... »

Keith renonça à finir sa phrase, sa voix étant couverte par le brouhaha des étudiants fourmillant vers la sortie. Il tourna un visage dépité vers son assistant.

« Rappelez-vous vos vingt ans Keith, se contenta de dire Kenny en haussant les épaules.
- Mes vingt ans... » répondit le professeur d'un ton rêveur en rangeant ses affaires.

L'amphithéâtre était maintenant vide. Trois petits coups secs s'abattirent sur la porte.

« Excusez-moi, professeur Mars, je n'ai pas du tout compris la thèse de la génétique criminelle d'Enrico Ferri. » dit une petite voix angélique.

Keith se tourna vers l'interlocutrice et ne put s'empêcher de sourire.

« Bonjour ma chérie, que me vaut cette visite surprise ?
- Eh bien, je te l'ai dit, Ferri et sa thèse... un cauchemar
! plaisanta la jeune fille.
- Tu tombes très bien, il fallait que je te parle. Un ancien client m'a appelé ce matin, un gérant de commerce qui a un problème avec un employé. Je lui ai dit que j'avais pris ma retraite mais que tu ferais sûrement quelque chose pour lui.
- C'est gentil de me trouver du travail papa mais en ce moment, j'ai un emploi du temps plutôt chargé...
- Je pourrais te donner un coup de main.
suggéra Kenny, resté en marge jusqu'alors. Et puis, ça n'a pas l'air très compliqué... »



Veronica resta sans voix devant cette proposition inattendue. Elle finit néanmoins par se ressaisir et se tourna vers l'assistant qui lui faisait son plus beau sourire.

« Je ne suis pas sûre que ce soit une bonne idée... La dernière fois que je me suis associée à un assistant en criminologie sur une affaire, c'était le coupable.
- Oui je sais...
» commença Kenny.

En apercevant les sourcils froncés de la jeune fille, il s'empressa d'ajouter :

« Je veux dire que le coup du gars qui s'investit à fond dans l'enquête pour brouiller les pistes, c'est classique... Etonnant que tu ne l'aies pas vu venir, se moqua-t-il, ce qui eut le don d'énerver la jeune fille.
- Eh bien tu vois, je me méfie maintenant. Surtout avec ceux qui ont l'air trop polis pour être honnêtes !
- Et pourtant, de nous deux, ce n'est pas moi qui aie tiré sur un camarade, je crois !
- A l'évidence, je m'étais trompée de cible,
rétorqua la jeune femme, exaspérée.
- Donc tu es en train de suggérer que ce n'était pas un accident... dit Kenny en entourant son menton de son pouce et son index. Et c'est l'assistant en criminologie dont on se méfie, quelle injustice !
- Dis papa,
questionna la jeune fille sans quitter Kenny des yeux, c'est quoi le critère pour recruter les assistants ? Leur humour ? Parce qu'en l'occurrence, tu es tombé sur un sacré farceur !
- Je crois qu'on parlera de cette affaire plus tard,
s'empressa de changer de sujet Keith. De toute façon, j'ai l'impression que tu es attendue. »

Veronica fit volte face et aperçut Logan dans l'encadrement de la porte; il l'attendait les bras croisés. La jeune fille embrassa son père et se dirigea vers la sortie.

« A bientôt mademoiselle Rose ! » crut bon de rajouter Kenny.

La détective serra les poings mais ne se retourna pas. Une fois dans le couloir, elle laissa échapper le soupir d'irritation qu'elle avait retenu.

« Intéressant, cette petite querelle d'amoureux ! » lâcha Logan, sarcastique.

Sans dire un mot de plus, il accéléra le pas. Veronica le suivit, en se renfrognant un peu plus.


* * *


Le soleil déclinait lentement quand ils se garèrent au 421 Lexington Street, une petite résidence assez coquette à des prix abordables.

Veronica et Logan franchirent le patio pour accéder aux appartements. Ils frappèrent directement chez le concierge.
Un homme d’une cinquantaine d’années, vêtu d’une tenue grise, visiblement usée, leur ouvrit.

« C’est pour quoi ? demanda-t-il.
- Bonjour, répondit Veronica en prenant un air contrit. Je suis Veronica, la belle-sœur de Charlie Stone. Vous devez le connaître..
- Oui bien sûr,
dit l'homme avec un accent mexicain en ouvrant davantage la porte, un sourire aux lèvres. Señor Stone, dit-il avec un accent espagnol tout en ouvrant un peu plus la porte, un locataire exemplaire.
- Je suis désolée de venir vous déranger mais Logan, son frère qui est là
, continua-t-elle en entrant dans son rôle tandis que le jeune homme en question n'avait pas besoin de se forger une tête de circonstance tant l'inquiétude se voyait sur son visage, est mort d'inquiétude. »

Le propriétaire des lieux perdit subitement son sourire et fronça les sourcils.

« Il est arrivé quelque chose? s'enquit-il, la voix grave.
- Mon frère ne donne aucun signe de vie depuis deux jours » répondit l'intéressé en prenant le relais.

Un sourire réapparut sur le visage de vieil homme.

« Ne vous tracassez pas, lança-t-il en tapotant l'épaule de Logan. Le Señor Stone est parti en vacances. Je l'ai croisé l'autre jour, il était fatigué. »

Veronica ne se déstabilisa pas et surenchérit:

« On est au courant de son petit périple. On devait le rejoindre le week-end passé, poursuivit-elle en s'accrochant au bras de son "petit-ami", mais il ne répond pas au téléphone. Et vous devez savoir, comme moi, que ce n'est pas son genre. On se fait beaucoup de souci.
- Je suis sûr qu'il lui est arrivé quelque chose
» murmura Logan à l'attention de Veronica en entrant lui aussi dans le jeu.

La petite blonde poussa un soupir sonore.
L'homme parut réfléchir à la situation.

« On va devoir aller voir la police, dit Veronica au jeune homme en usant de son regard de chien battu. Il ne reste plus que cette solution.»

Soudain, sans un mot, le propriétaire disparut derrière la porte de son appartement et réapparut quelques secondes plus tard, un trousseau de clés à la main.

« J'ai les clés de chez lui. Si vous voulez jeter un œil… Au cas où.
- Qui ne tente rien…
» se contenta de répliquer Veronica en haussant les épaules.

Le petit homme joufflu ferma la porte de son domicile et emprunta le couloir faiblement éclairé. Les deux jeunes gens lui emboîtèrent le pas rapidement.

« S'il lui est arrivé quelque chose…» dit Logan sans oser terminer sa phrase.

Veronica détourna la tête pour ne pas rire. Bien que la situation soit risquée, le voir se prendre au jeu ainsi valait tout l'or du monde.  

« Maintenant que vous le dites, il était un peu bizarre ces derniers temps , lança le vieil homme tout en marchant.
- Comment ça? demanda Veronica, retrouvant subitement toutes ses facultés.
- Il avait pas l'air dans son assiette. Toujours à se dépêcher, à sortir à n'importe quelle heure du jour ou de la nuit. Son attitude avait changé. J'avais mis ça sur le coup de la fatigue. Vous savez, le surmenage.»

Il s'arrêta devant une porte et introduisit la clé dans la serrure tout en continuant de parler.

« Mais l'autre jour, ça devait être la semaine dernière ou quelque chose comme ça, il a eu une réaction bizarre. Le Señor Stone avait souvent l'habitude de m'aider à décharger les courses lorsqu'il rentrait du travail, vous comprenez avec mes problèmes de dos, je ne peux pas trop forcer. Mais cette fois-là, son téléphone portable a sonné et il est devenu tout pâle. Au point d'en laisser tomber un sac! J'ai pensé qu'il était malade mais avec ce que vous me dites…»

Lorsqu'il s'arrêta de parler, il se décala un peu et poussa la porte devant laquelle ils se trouvaient. Un spectacle désolant s'offrit à eux. Des cartons étaient éventrés, tout ce qu’ils contenaient avait été dispersé.

« Eh ben, dit le petit homme en se passant une main sur la nuque, si je m’attendais à ça...
- Vous dites qu'il est parti quand ?
demanda Veronica.
- Il y a deux jours.
- Cela correspond.
- J’espère qu’il ne lui est rien arrivé de grave,
s'inquiéta Logan.
- Vous permettez quand même qu'on jette un œil ?
- Allez y, vous êtes de la famille...»
dit-il en s'éloignant.


« Alors comme ça on est mariés?
- Il fallait bien trouver quelque chose,
dit Veronica, pour qu'ils nous laissent libre-accès à son appartement.
- Oui, mais la dernière fois que nous avons fait ça, nous étions juste fiancés, je vais commencer à me poser des questions,
» déclara Logan.

Ils examinèrent minutieusement chaque recoin de la pièce : rien n’avait été laissé au hasard. Les conduits d’aération avaient été fouillés, les grilles gisaient pantelantes.

En passant près d’une fenêtre, Veronica remarqua qu’elle n’était pas verrouillée.

« Celui qui a fait ça est entré par là, dit-elle, la fenêtre devait être ouverte.
- Pourquoi ?
demanda Logan.
- Je ne sais pas, mais on doit retrouver ton frère de toute urgence, c’est le seul qui pourra nous en apprendre davantage. Tu es sûr que tu n’as pas une petite idée de l’endroit où il pourrait être ? »

Le visage de Logan s’éclaira.

« Quoi, qu’est-ce que j’ai dit ? s’inquiéta Veronica.
- Suis-moi ! ordonna-t-il
- On n’a pas…
- Ne pose pas de questions, viens.
- Ok…
- Pour une fois que c’est moi qui deviens énigmatique… » ajouta-t-il.

Veronica referma délicatement la porte avec un mouchoir, ils remercièrent le gérant et montèrent en voiture.

« On va où ? demanda-t-elle, en démarrant.
- Chez moi !»

Elle regarda Logan entre surprise et incompréhension.

« Ok, j'ai compris, pas de question ! » soupira-t-elle.

Elle s’engagea dans la jungle routière neptunienne.


* * *


Les pneus de la mustang crissèrent en s'immobilisant devant l'immeuble. Logan en descendit à toute vitesse, se dirigeant déjà vers la porte d'entrée.

« Tu vas peut-être pouvoir me dire pourquoi tu es si pressé maintenant ? » cria Veronica, en descendant à son tour de voiture.

Le jeune homme lui tenait la porte du hall, tapant frénétiquement du pied. Veronica s'approcha à pas lents et ils marchèrent côte à côte jusqu'à l'ascenseur. Une musique agaçante les accompagna jusqu'à l'étage où les riches célibataires habitaient. C'est en sortant de l'ascenseur que Logan se décida à sortir de son mutisme.

« Il y a quelques jours, quand je suis rentré à l'appart, Charlie étudiait des papiers. Quand je lui ai demandé ce qu'il faisait, il m'a dit qu'il lisait une étude sur les enfants hyperactifs et il s'est empressé de les ranger.
- Et tu penses que ces papiers pourraient nous donner un indice sur sa disparition ?
- Comme, à l'évidence, il ne voulait pas que je vois ce qu'il lisait, ça doit être quelque chose d'important,
dit Logan, triomphal.
- Et qu'est-ce qui te dit que ces papiers sont encore là ? demanda Veronica, sceptique.
- Tu as une meilleure idée peut-être ? » rétorqua-t-il en ouvrant la porte du loft.

La détective ne répondit pas et lui passa devant pour entrer la première. Une fois à l'intérieur, Logan fila vers la chambre d'ami, sous les yeux éberlués de Dick, comme toujours vautré sur le canapé, une manette à la main. Logan passa de nouveau par le salon pour se rendre dans la cuisine. Veronica, qui s'était assise dans un fauteuil, et Dick suivaient son petit manège avec attention.

« Qu'est-ce qui t'arrive mon pote ? demanda Dick.
- On joue à cache-cache avec Veronica, ça se voit pas ? répondit Logan, irrité.
- Non, ça se voit pas, ou alors la petite fouine n'a pas envie de te trouver, ce qui m'étonnerait fort ! »

A ces mots, il sourit de toutes ses dents à Veronica, qui ne put s'empêcher de sourire, tout en levant les yeux au ciel.

« Je cherche des papiers que Charlie aurait laissés ici. expliqua Logan en réapparaissant dans le salon avec la poubelle de la cuisine.
- Et c'est pour ça que tu fais les poubelles ?
- Non, ça, c'est pour le fun !
s'emporta son colocataire. Et si tu m'aidais au lieu de squatter le canapé ?
- Demande à la blonde, c'est elle, la détective ! Et puis, pourquoi tu les veux, ces papiers ?
- Parce que Charlie a pris la poudre d'escampette et que ces papiers pourraient nous aider à le retrouver.
dit Logan en plongeant les mains au fond de la poubelle.
- Ha d'accord ! C'est pour ça que Bonnie and Clyde ont repris du service ! s'esclaffa Dick en les pointant du doigt. Si j'étais toi, je chercherais du côté de l'Arizona... » continua-t-il, l'air de rien.

Logan se redressa et regarda Dick, interloqué. Veronica faisait de même, depuis son fauteuil.

« Quoi, tu voulais de l'aide, non ?
- Il t'a dit qu'il partait pour l'Arizona ?
demanda Veronica.
- Non, mais il regardait un site sur je ne sais quel coin perdu de l'Arizona, l'autre jour. Moi, je croyais qu'il matait des minettes on line alors j'ai voulu me rincer l'œil aussi. Et là, il ferme la fenêtre et me demande si je n'ai rien d'autre à faire. L'adresse du site qu'il a visité doit encore être dans ton historique, si tu veux mon avis. »

Logan s'approcha et donna une tape amicale sur l'épaule de Dick avant d'aller chercher son ordinateur.

« Tu me sauves la vie, Dick !
- Eh oui, je suis un héros !
crâna-t-il en regardant Veronica. Il a cru m'avoir en fermant la fenêtre mais c'était sans compter sur mon œil de lynx ! Allez, parce que c'est toi, je te dédicacerai un de mes caleçons tout à l'heure.
- J'allais te le demander !
ironisa la jeune femme. Mais tu sais que si tu veux être un vrai héros, il te faut le body, la cape et le slip. Je suis sûre que tu as ça dans ta penderie, j'imagine que tes conquêtes en raffolent ?
- Mes conquêtes me préfèrent en tenue d'Adam, je peux te montrer ce costume, si tu veux ? susurra Dick, avec un regard lubrique.
- En tant qu'admiratrice, je ne préfère pas. J'ai peur d'être déçue, il paraît que tes "atouts" ne sont pas si impressionnants que ça, en réalité... » répondit-elle, narquoise.

Dick allait répliquer quand Logan le poussa pour s'installer sur le canapé, son ordinateur allumé dans les bras. Dick foudroya Veronica du regard, pour le plus grand plaisir de celle-ci.


* * *


Veronica, dont on ne voyait plus la tête derrière les deux énormes cartons, frappa à la porte avec son pied droit.

« C’est le dîner ! » ironisa-t-elle.

Keith entrouvrit deux lattes du store de la porte d’entrée.

« Le mot magique ? demanda-t-il.
- Pizzas !
» répondit Veronica.

La porte s’ouvrit, laissant apparaître son père et Back up couché sur le fauteuil.

« Un peu d’aide ne serait pas de refus,
dit-elle.
- Tout de suite mon ange dit Keith, prenant les deux énormes boîtes et le pot de glace trônant au-dessus.
- Eh bien, dit-elle, je te laisse seul et l’appartement est vraiment … rangé ! Moi qui me croyais indispensable pour ton équilibre psychique et affectif.
- Mais tu l’es mon ange…Elles sont à quoi les pizzas ?
- Comme tu les aimes, mon petit papa.
- Toi tu as quelque chose à me dire. Quand tu passes à l’improviste comme ça…
dit-il en faisant les gros yeux. J’en suis sûr, je te connais Veronica.
- Je me rends
dit-elle en levant les mains et prenant un air dépité. Tu préfères peut-être me fouiller d’abord parce que sincèrement, sache que je ne sais absolument pas comment cette bombe de chantilly et ce sirop de chocolat sont arrivés dans mon sac.
- Tu as oublié les cerises confites…
- Eh non, Sherlock, tu aurais dû me fouiller,
déclara-t-elle sortant fièrement le pot de la poche de son blouson. Tada ! »

Keith ne put s’empêcher de sourire.




Ils s’étaient installés sur le comptoir de la cuisine. Veronica finissait d’engloutir un morceau de pizza.

« Alors, dit Keith la bouche à demi-pleine, tu m’apportes ce festin pour me dire… Il faut peut-être que je devine... Bonne chose? Mauvaise chose ?
- Tout dépend de quel point de vue on se place,
répondit-elle.
- Tu peux m’en dire plus…
- Euh, ça oui… Je vais devoir m’absenter quelques jours…
- Cest-à-dire ? Et la fac, tu comptes faire comment ?
- Justement
dit-elle, en faisant sa petite moue, j’ai pensé que maintenant que tu avais de très bonnes relations dans le milieu administratif, tu aurais pu comment dire…
- Couvrir tes arrières ?
- Enfin, nos arrières ?
plaisanta-t-elle, après tout…
- Là tu m’amuses beaucoup chérie,
dit-il tout en prenant une serviette pour s’essuyer le coin des lèvres. Ton affaire concerne qui ?
- Je suis sûre que tu vas trouver tout ça très amusant.
- Je n’en doute pas… A savoir si tu vas finir par me dire qui ça concerne.
- Entendu, c’est là que ça devient ironique,
murmura-t-elle. Je dois retrouver Charlie Stone.
- Pourquoi ce nom m’est familier… C’est un camarade? Je l’ai peut-être en cours… Oh non: s’il avait disparu, je l’aurais tout de suite remarqué. Mais là je ne vois pas vraiment…
- C’est le frère de Logan,
finit-elle par lâcher.
- Mamma Mia, dit Keith agitant les mains en direction du ciel, pourquoi ?
- Arrête, ce n’est vraiment pas drôle. Pourquoi tu réagis comme ça ?
- Attends chérie, si je t’ai bien suivie,
dit-il agitant un index accusateur sous son nez, tu es en train de me dire que tu t’absentes de Neptune pendant quelques jours pour retrouver le frère de Logan, seule…
- Pas si seule que ça en fait…
- Mac ? »


Veronica remua la tête en signe de négation, tout en se mordant les lèvres.

« Laisse-moi réfléchir… Wallace ?
- Non,
dit-elle
- Pas Weevil, quand même ?
- C’est bon arrête, j’ai compris… C’est encore pire que tu ne le penses… C’est Logan
- Chérie, crois-tu que ce soit extrêmement judicieux ? J’ai l’impression qu’on tourne en rond là…
- Ah ah ah... C’est vraiment très amusant, il n’empêche qu’on part demain matin.
- Je n’ai guère le choix, si je comprends bien… »



* * *


Logan patientait depuis une vingtaine de minutes devant son immeuble, un sac de voyage à ses pieds et son sac à dos sur les épaules. Quelque peu irrité par le retard de Veronica, il regarda une nouvelle fois sa montre.

Il cherchait son portable quand il vit une voiture bringuebalante tourner dans son allée. Pendant une seconde, il supposa que la personne avait dû s’égarer dans le quartier.

Le véhicule couleur bordeaux s’arrêta devant lui, et la vitre côté passager s’abaissa lentement.

« Le racolage est interdit sur la voie publique, je peux vous arrêter pour ça » dit Veronica de façon espiègle.

Logan fit le tour de la voiture avec une attention particulière, puis s’adressa à la petite blonde.

« Nouvelle voiture ? Ce n'est pas rentable ton boulot, c’est ça ? Parce que franchement, le 4x4, ça faisait nouveau riche, la mustang assez cool et la Le Baron totalement rétro, mais là c’est plutôt moche et quelconque.
- C’est le but recherché, tu comptes monter ou tu préfères partir à pied ?
répondit-elle sèchement
- Super, je vais voyager avec Monica! Tu es sûre qu’elle tiendra le choc au moins ? Je ne voudrais pas rester en panne sur le  bas côté alors que mon frère s’est volatilisé en Arizona et qu’il a probablement de gros ennuis.
- Bien sûr, de toute façon, on ne peut prendre ni ta voiture, ni la mienne, trop facilement repérables. Je n’ai donc eu que ce choix.
- Je ne vais rien attraper au moins? Il n’y a pas une ou deux maladies qui proliféreraient dans ta Doloreane ?
- Non, rassure-toi, et puis l’objectif, comme tu l’as souligné, c’est Charlie.
- Oui »
répondit Logan.

Il mit son sac dans le coffre et prit place à ses côtés.

« Tu n’as pas oublié les documents ? l’interrogea t-elle.
- Non, tout est là, déclara Logan, tout en pressant son sac contre lui.
- Ok, alors on peut y aller »


* * *


Il est vrai que ces derniers jours n'ont pas été des plus faciles, entre la voiture qui a fait des siennes et partager le même lit que Logan à cause de ce maudit séminaire d'entomologistes... Il y a certaines fois Veronica où je crois que tes vies antérieures n'ont pas été jolies jolies...

Veronica frappa à la chambre 8. Logan lui ouvrit, vêtu en tout et pour tout d’un caleçon. Le teint de Veronica se rosit.

Logan bailla puis articula un bonjour, ou plutôt un son guttural y ressemblant.

« Salut, dit-elle, je venais voir si tu voulais qu’on prenne le petit déjeuner ensemble mais…
- Euh… Oui... Je prends une douche et je te rejoins.
- OK,
» répondit-elle.

Elle descendit l’escalier menant au rez-de-chaussée et tomba nez à nez avec le gérant.

« Excusez-moi, dit-il.
- Ce n'est rien.
- Justement Miss Mars, je voulais voir si vous étiez debout: il y a quelqu'un qui demande à vous rencontrer.
- Oh merci… où est-il ?
- Au comptoir, il prend un café.
- Merci
» répondit-elle.

Elle pénétra dans la salle. Des couples avec enfants, des personnes seules prenaient leur repas...
Elle slaloma entre les serveuses.

Un homme seul était assis au comptoir, jean, tee-shirt, baskets, buvant un grand mug de café noir. Ses pieds étaient appuyés contre les barreaux du tabouret. Il avait tourné la tête au moment où Veronica avait pénétré dans la pièce.
Il lui fit un petit signe de la main. Elle s’installa à côté de lui.

La serveuse s'avança :
« Bonjour.
- Bonjour,
répondit poliment Veronica.
- Voici le menu, appelez-moi quand vous aurez choisi, dit-elle en souriant.
- Je vais déjà prendre un café noir, j’attends un ami… »

L’homme prit la parole.

« Mon patron m'a dit que vous recherchiez une personne.
- Qui ?
- L'épicerie au coin de la rue : le petit gros à moustaches, avec des chemises toutes plus horribles les unes que les autres.
- Ah oui, désolée,
dit-elle. Je suis allée voir pas mal de monde, mais cette chemise, je m'en souviens. »

Veronica fouilla dans son sac et fit glisser la photo de Charlie près de lui.

« C’est lui ? demanda-t-elle en désignant le portrait.
- Ouais c'était il y a trois jours, aux alentours de midi. Ce type est entré, il cherchait un hôtel pas cher en dehors de la ville, et pas trop fréquenté de préférence.
- Et ?
- Et il y a bien ce motel « l'Arizona Dream », il est à une trentaine de bornes d’ici, un peu excentré de la route.
»

La serveuse réapparut un café à la main.
« Merci, dit Veronica en prenant la tasse.
- Ton café est toujours aussi bouillant Mary.
- Toujours! Sinon ils ne seraient pas aussi nombreux à venir le boire Julian. »


Ils se sourirent.

« Vous vous connaissez? demanda Veronica.
- Qui ne me connaît pas ici ? déclara Julian. Mais raison de plus si c’est ma sœur...
- Eh oui, ça fait des années que ça dure,
dit Mary en plaisantant, mais moi je n’ai pas loisir à discuter tout le temps. »

Elle s’éloigna pour prendre une commande.

« Vous comprenez donc pourquoi un inconnu ne passe pas inaperçu dans le cas présent. »

Le jeune homme regarda sa montre.

« Zut, je suis en retard… Il faut que je file sinon je vais me faire écorcher vif.
- Merci.
- Vous savez ce n’est pas grand-chose
» dit-il en enfilant sa veste.

Logan observait depuis cinq bonnes minutes la scène. Il rejoignit Veronica au moment où Julian partait, le bousculant.

« Excusez-moi mentit Logan.
- PCe n'est pas grave. Bonne journée! dit-il à l'attention de Veronica.
- De même.» répondit-elle.

Logan prit la place occupée par Julian.

« Même dans les coins perdus, tu fais des ravages ?
- Ne sois pas stupide, il était là parce qu’il a vu ton frère.
- Quand ça ?
- Il y a deux jours, il travaille à l’épicerie.
- C’est vrai que vous aviez l’air de bien discuter…
- A priori on pourrait trouver ton frère dans la prochaine ville donc c’est assez positif puisque ça fait trois jours qu’on le suit.
- Alors qu’est ce qu’on attend ?
demanda Logan.
- Tu n’as pas faim ?
- Donne moi dix minutes et on file, Ok?
- Ok. »





Veronica pestait.

« - Hé, je suis au volant alors stop,déclara Logan.
- Tu n’es pas obligé de conduire si vite!  Je n’ai pas vraiment envie de visiter les cellules de prison ! dit Veronica visiblement irritée.
- Pourtant Dieu sait que tu es jolie derrière des barreaux... J’ai toujours cette photo qui le prouve. Et puis ça te change un peu, pour une fois que tu es derrière.
- Très amusant Logan !
» dit-elle croisant les bras.

Un panneau à leur droite indiquait : « Bienvenue à Sierra Vista » 103 habitants.

Logan ralentit; une petite ville se dressait devant eux. Il se gara sur une petite place.

« Alors comment fait-on ? demanda -t-il avec impatiente.
- On se prépare. Vu la taille de la ville, s'il est encore ici, on le trouvera. On devrait couvrir comme ça un plus large périmètre.
- Si tu le dis. »


Veronica évita de croiser son regard.

Désolée de te mentir, mais je ne sais pas ce que Charlie pourrait m’apprendre.


Veronica regarda sa montre.

« Disons qu’on se retrouve ici dans une heure, dit-elle.
- Entendu.
- Tu as la photo ?
Oui, oui. »

Veronica regarda en direction de l’Est.

« Bon  toi à droite et moi à gauche ?
- Ok.
»

Ils se séparèrent. Veronica partit d’un pas déterminé … tout comme Logan. Mais lorsqu’il se retourna, elle avait traversé la rue, sans même demander des renseignements à la petite supérette qui faisait l’angle.

Se demandant pourquoi la détective passait devant une mine d’informations, il préféra la suivre sentant qu’elle ne lui avait vraisemblablement pas tout dit. Le tout était de savoir quoi et pourquoi ?

C’est ainsi qu’il la vit entrer à la réception d’un motel.


* * *


The Lost Art Of Keeping a Secret - Queens of The Stone Age

Veronica jeta un dernier coup d'œil sur le petit bout de papier que lui avait remis l'homme à la réception. "L'Arizona Dream" : c'était bien le motel qu'elle cherchait. Elle constata qu'il était bien plus accueillant que les trois derniers motels dans lesquels elle s'était arrêtée. Elle se présenta à l'accueil, ne se doutant pas une seconde que quelqu'un épiait ses moindres faits et gestes avec attention.

« Bonjour monsieur.
- Je peux faire quelque chose pour vous mademoiselle ?
demanda poliment le réceptionniste.
- Hé bien, je suis assez gênée de vous demander ça... commença Veronica, prenant un air embarrassé. Bon allez, je me lance : j'ai rencontré un homme hier soir, dans le bar d'à côté, et vous voyez, ça a plutôt bien collé entre nous... »

Le réceptionniste était pendu à ses lèvres, essayant de cacher son sourire amusé. Veronica, elle, jubilait. Le coup de la blonde qui recherchait le prince charmant, elle le maîtrisait si bien que c'était déjà dans la poche.

« Bon, pour tout vous dire, j'avais un peu trop bu. La seule chose que je sais, c'est qu'il est arrivé dans votre motel avant-hier soir et qu'il est grand, blond, l'air intelligent...»

J'espère que Charlie est encore là, sinon, je vais définitivement passer pour une idiote !

« Et vous aimeriez que je vous donne le numéro de sa chambre, n'est-ce pas ? finit le réceptionniste.
- Y a pas à dire, en Arizona, vous êtes vraiment perspicaces !
- Je n'ai pas le droit de vous donner cette information, mademoiselle...
- Vous n'aurez pas de problème, vous savez. Je crois même qu'il vous remerciera, il doit m'attendre à l'heure qu'il est.
»

Elle se rapprocha de son interlocuteur, prenant le ton de la confidence.

« Comme je vous l'ai dit, j'avais un peu trop bu et je lui ai laissé ma petite culotte en guise d'au revoir... J'imagine qu'il voudrait me la rendre.»

Veronica rougit à cet aveu. Cette phrase lui paraissait toujours complètement saugrenue mais bizarrement, les hommes réagissaient au quart de tour grâce à elle.

« Très bien, je vais voir ce que je peux faire...dit le réceptionniste en plongeant la tête dans son registre pour s'empêcher d'éclater de rire. Un homme est arrivé hier : George Hanson, chambre 12.
- George ! Oui, c'est ça ! Merci beaucoup... Dites, vous auriez une de ces petites pancartes qu'on accroche à la porte et qui dit "Do not disturb" ?
- Non, mademoiselle, désolé.
- Ce n'est pas grave, j'imagine qu'un foulard blanc fera l'affaire...
» répondit Veronica, s'amusant elle-même de la situation.

Elle se dirigea vers les escaliers. L'homme qui la suivait, se leva du petit canapé sur lequel il s'était assis et prit à son tour  la direction des escaliers, en prenant soin de laisser une bonne distance entre lui et Veronica.
Arrivée devant la chambre 12, Veronica prit une grande bouffée d'air et toqua à la porte.

« Qui est là ? demanda Charlie, avec méfiance.
- Monsieur Hanson, je suis une employée de l'hôtel. Nous avons des problèmes de canalisation. Pourrais-je entrer afin de vérifier que tout est en ordre pour vous ? déclara Veronica en déguisant sa voix.
- Il n'y a aucun problème dans ma chambre.
- Je suis désolée, monsieur Hanson, je dois vérifier par moi-même, c'est la patron qui m'envoie.
- Très bien, je vous ouvre.
» soupira Charlie.

Veronica entendit des pas dans la chambre, puis le bruit de la clé dans la porte. Le visage de Charlie se décomposa quand il vit la jeune détective, qui lui souriait hypocritement.

« Veronica ? Qu'est-ce que tu fais là ?
- Tu veux vraiment que je te le dise sur le pas de la porte ? Je te demande ça parce que j'ai l'impression que tu n'as pas vraiment envie d'être vu.
»

Charlie ouvrit la porte pour la laisser entrer et la referma tout de suite après elle. L'homme qui se cachait dans la cage d'escalier avança le long du couloir jusqu'à la porte fermée. Il entendit la clé tourner dans la serrure puis colla son oreille à la porte.

« Comment tu m'as retrouvé ? demanda Charlie.
- La question, c'est plutôt : pourquoi tu te caches ?
- J'ai... J'ai pris des vacances...
bégaya-t-il.
- Bien sûr et tu ne préviens personne ?
- C'est l'histoire de quelques jours. Pas besoin de passer une annonce.
»

« A l'évidence Charlie tu n'as rien d'un pantin de bois doué pour le mensonge! »

« Alors tu as peut-être cherché ton appareil photo pour immortaliser tes vacances ? »

Charlie regardait Veronica, sans comprendre.

« Parce que vu l'état chaotique de ton appartement, tu devais chercher quelque chose ! »

A ces mots, Charlie posa une main sur son front; il semblait fiévreux.

« Bon Charlie, si on arrêtait de tourner autour du pot ? Je sais que tu es lié, d'une façon ou d'une autre, aux morts suspectes des étudiants de Hearst. Sinon, tu ne m'aurais pas menti pour la citation et tu ne te serais pas enfui. Alors, je refroidis ou je brûle ?
- Je... Je n'ai rien à voir là-dedans, je ne suis pas venu à Hearst pour ça,
répondit Charlie précipitamment.
- "Pas venu pour ça" ? C’est quoi ça Charlie ? martela Veronica.
- Veronica, pour notre bien à tous les deux, il vaut mieux que tu t’en ailles sans en savoir d’avantage, supplia Charlie de plus en plus fébrile.
- Tes vacances ne te réussissent pas… Tu me parais bien stressé... » répondit Veronica calmement en s’asseyant sur le bord du lit.

Charlie jeta des coups d’œil inquiets vers la porte.

« Veronica ! implora-t-il.
- Pourquoi Charlie, qu’est ce qui t’effraye à ce point ?
- La même chose que toi, que ton père...
» souffla Charlie de manière quasi inaudible.

Veronica resta stupéfaite un court instant.

« Le Castle ! Dis-moi que je rêve ! Tu fais partie du Castle ! répondit elle en bondissant du lit.
- Non, non, se récria Charlie. Enfin... Jake Kane m'a d'abord chargé de te surveiller... Puis ça a dérapé... Il m’a demandé de te supprimer » finit Charlie, en détournant son regard de celui inquisiteur de Veronica.

Ces dernières paroles eurent l'effet d'une bombe. Le sang de Logan ne fit qu'un tour, il prit de l'élan et enfonça la porte. Se précipitant sur son frère, il le plaqua contre le mur et lui enserra la gorge.

« Espèce de malade, je vais te faire la peau ! vociféra Logan, au comble de la colère.
- Logan ! cria Veronica. Lâche-le !
- Non mais tu plaisantes ! D'abord les mensonges, ensuite ça !
- Je veux savoir pourquoi Logan, pas toi ?
»

Logan la regarda, puis reporta son attention sur Charlie, les yeux pleins de haine. Il finit par le lâcher et alla s'appuyer de l'autre côté de la pièce, contre le mur. Charlie ne bougeait pas, son regard trahissait sa tristesse. Veronica poussa la porte d'entrée.

« Maintenant Charlie tu nous expliques! Que le Castle cherche à me supprimer, ça, je comprends, Jake Kane est un malade. déduisit Veronica, un doigt sur le menton. Mais ce que je ne comprends pas, c'est pourquoi je suis encore là ? Tu as eu des dizaines d'occasions de me tuer.
- Je n'ai pas pu... confessa Charlie. Je savais à quel point Logan tenait à toi... Tu es mon frère, jamais je n'aurais pu te faire ça, dit-il en s'adressant à Logan.
- Et tu t'attends à ce que je te crois ?
- Je ne vais pas te mentir. Quand je suis venu à l'hôpital, tu étais le cadet de mes soucis. Mais depuis, j'ai appris à te connaître, je me suis aperçu que tu n'étais pas le gosse de riche totalement superficiel que je voyais en toi.
- Dans ce cas, il ne fallait pas venir !
- On ne m'a pas laissé le choix. Mais au final je ne le regrette pas.»

Un silence s'abattit sur la chambre. Logan était soucieux, il réfléchissait.



Veronica reprit la parole:

« Et notre rencontre à la banque, ça faisait partie du plan ?
- Non, j'ai été surpris de t'y voir. J'ai d'ailleurs cru que tu avais des soupçons puisque le directeur est aussi membre du Castle. Il a fait une erreur en t'engageant...
- D'où sa démission forcée, je suppose? »

Charlie se contenta d'acquiescer de la tête. Tout à coup, Logan releva la tête.

« Pourquoi le Castle t'a-t-il obligé à venir me voir si c'était Veronica qui était visée ?
- Il voulait savoir dans quel état tu étais... dit Charlie.
- Ca m’étonnerait qu’une organisation secrète se soucie de ma santé…
- Sauf si elle a un lien avec cet « accident ». » réfléchit Veronica à voix haute.

Le tressaillement de Charlie n’échappa pas aux deux jeunes gens.

« Jake Kane t'a aussi chargé de me supprimer ? Après tout, tu n'en avais rien à faire de moi alors tuer ton frère, c'était une affaire de routine, si j'ai bien compris.»

Logan crachait son venin, il était hors de lui.

« Je n'ai jamais été chargé de te tuer, je ne l'aurais pas fait de toute façon, se défendit Charlie, offusqué.
- Que le Castle en veuille à Logan, soit, la rancœur des Kane envers les Echolls est un motif suffisant, mais  comment ont-ils fait pour que je me retrouve avec un fusil trafiqué entre les mains face à Logan ? »

Devant la détermination de Veronica, Charlie secoua la tête.

« La recrue qui avait pour mission d’éliminer Logan s’est faite éliminer de la partie de paintball. Quand ton fusil s'est enrayé, il a saisi l'occasion de terminer sa mission. Il s'imaginait que si, en plus, il t'envoyait derrière les barreaux, le Castle lui offrirait tout ce dont il pourrait rêver.
- On nage en pleine série B là ! » s'exaspéra Logan.

Il avait visiblement besoin de se calmer. Logan claqua la porte de la salle de bain derrière lui. Il se défoula sur le miroir qui lui faisait face. Il tenta de se calmer, pour Veronica. Il s'aspergea le visage d'eau la plus froide possible. Il restait là, révulsé par cette famille à laquelle il appartenait.

Veronica ne chercha pas à le calmer. Elle savait qu'il faudrait du temps à Logan, et il n'avait pas besoin d'entendre davantage de détails. Elle poursuivit son interrogatoire à voix basse.

« C'est quoi cette histoire de recrue et de mission ? Je croyais que vous vous racontiez seulement vos sombres secrets?
- Le Castle a un rite bien particulier pour les nouveaux venus. C'est une preuve de leur loyauté et ça donne au Castle un moyen de pression supplémentaire sur eux.
- Je ne comprends pas comment tu as pu entrer dans cette organisation ! J'ai passé ta vie en revue, c'est à croire que tu n'as même jamais copié sur l'un de tes petits camarades en classe !
- J'aurais un casier si le Castle ne s'était pas occupé de moi, avoua Charlie. Il y a dix ans, j'ai eu une petite amie, une fille délurée qui me faisait faire n'importe quoi. Un soir, elle a fugué de chez elle et on s'est fait une virée dans les bars. On est rentré complètement ivres. Sur le chemin du retour, je me suis endormi au volant, j'ai perdu le contrôle et ... elle est morte sur le coup, acheva Charlie, les larmes aux yeux. Je ne savais plus quoi faire. Je me suis dit que mon père pourrait m'aider, après tout, il me devait bien ça... J'ai appelé Jake, il était mon seul intermédiaire avec Aaron, à l'époque. Il m'a dit de l'attendre, de ne surtout pas appeler la police, que j'allais gâcher mon avenir. Il a fait disparaître toute trace de l'accident et les parents de la fille ont fini par croire qu'elle s'était vraiment enfuie...
- C'est comme ça qu'il recrute ses membres alors, c'est la première étape, n'est-ce pas ?
- Le rituel dont je te parlais est ce que tu appellerais "la deuxième étape".
- Et quel est le rapport avec la mort d'Hamilton et de Neil ? demanda Veronica, un peu perdue.
- Le point commun, c'est leur conscience. »


* * *


« D’après ce que je sais, et ce que j’ai pu découvrir par la suite, Hamilton a été recruté à la fin de sa première année. C’est un garçon très intelligent qui aurait pu intégrer les meilleures universités du pays,si ils avaient eu les moyens financiers suffisants »

Veronica se perdit dans ses pensées, elle savait très bien de quoi il parlait.

« Veronica ? demanda Charlie.
- Oui, excuse moi, mon esprit a le don de divaguer facilement...
- Comme tu le sais, chaque membre doit prouver sa valeur ainsi que son intégrité au sein du groupe
- D’où le rite initiatique ?
demanda-t-elle.
- Justement… »

Veronica était très attentive, bloc et stylo à la main, et  prenait de nombreuses notes.

« Hamilton devait éliminer un jeune homme issu d'une bonne famille, qui n'avait réussi professionnellement que par les millions que dilapidaient ses parents pour cela.
- Quelle meilleure vengeance ? dit-elle dans un demi-murmure.
- Je ne crois pas avoua t-il, Hamilton devait être un garçon beaucoup plus intelligent que ça. Ce n’est pas lui qui a commis ce crime, c’est Neil.
- Neil ? Comme Neil qui a été retrouvé mort dans sa chambre ?
- Celui-là même. Neil et Hamilton étaient très liés depuis leur intégration.
- Comment peux-tu savoir ceci, sans y avoir été impliqué ?
- Je l’ai été après la tentative infructueuse contre Logan. J’ai pu disposer de certains renseignements, seulement certains n’auraient pas dû tomber entre mes mains.
»

Charlie se remémora cet entretien.

« M.Stone, content de vous revoir, dit Jake Kane en lui tendant la main. Asseyez-vous. C’est très fâcheux, mais nous avons dû faire appel à vous, poursuivit-il froidement. Je vais vous confier une certaine tâche. Correctement effectuée, votre dette sera totalement effacée.
- Quelle est ma mission ? »
demanda Charlie nerveusement.

Jake Kane l’observait, il n’y avait pas que lui d’ailleurs, un minuscule point rouge lumineux clignotait par intermittence.

« M.Stone, la seule chose que vous avez à faire est de renouer contact avec votre frère, et nous transmettre certaines informations, notamment concernant Mademoiselle Mars.
Vous disposerez de suffisamment d’informations en temps voulu.
- Très bien »
se contenta de répondre le jeune professeur.



« J’avais oublié dit Veronica, leur petite manie  de l’enregistrement. J’imagine que tu as visionné l’une de ces cassettes ?
- Oui et cela a été très instructif.
- Comment ça ?
demanda-t-elle
- Tu vas comprendre : je me suis rendu au manoir, comme l’avait exigé M.Kane. Là un assistant m’apporta une boîte en carton contenant de nombreux dossiers : le tien, celui de Logan, Dick, tout ce que j'avais besoin de connaitre et qui me serait utile pour la suite.
- Mis à part nos dossiers ?
» demanda-t-elle.

Sa satanée curiosité l’emportait toujours.

« Il y avait certains enregistrements… commença-t-il, se souvenant du contenu de la vidéo. Seulement l’un d’entre eux…»



Neil entra dans un bureau sombre, les lumières étaient tamisées. Un homme lui tournait le dos, il était vêtu de noir, debout devant une fenêtre, des cheveux grisonnants. D’un mouvement sec, il tira l’épais rideau de velours marron.

Le jeune homme se frottait nerveusement les mains, il transpirait  et baissa la tête, pour ne pas faire face à son interlocuteur.

L’homme se retourna  et s’assit dans un énorme fauteuil couleur ébène, tout comme son bureau, puis prit la parole :

« Vous avez demandé à me voir personnellement Neil ? dit l’homme d’une voix sombre.
- Euh… Oui, monsieur, dit Neil la voix chevrotante, trahissant son incapacité à maitriser sa peur.
- Asseyez-vous alors, dit l‘homme en indiquant l’un des fauteuils en cuir marron placés devant le bureau.
- Pourquoi me déranger et à cette heure-ci? J’espère que cela nécessite cet entretien? demanda-t-il.
- Oui, monsieur Kane, je crois…
- Eh bien parlez, il est plus de 22h
dit-il en regardant sa montre, je n’ai pas toute la nuit.
- Il y a un problème Monsieur, bégaya-t-il.
- Comment ça, soyez plus précis ! ordonna-t-il.
- Hamilton, Monsieur.
- Eh bien ?
- J’ai vu Hamilton, Monsieur Kane, il y a quelques heures… Je crois qu’il ne croit plus en notre cause. Il semble beaucoup hésiter Monsieur, sur le bien fondé de cette organisation. Je crois qu’il est prêt à renier nos valeurs, tout ce que vous lui avez apporté Monsieur. Il m’a dit qu’aucun être humain n’avait droit de vie ou du mort sur son semblable, que ce que nous faisons c’est commettre des meurtres, que nous ne sommes pas une famille, mais des criminels
» dit-il sans reprendre son souffle.

Sa voix s’était faite plus aiguë.

« Je vois dit Jake Kane, l’œil incisif, se tenant les mains. Pourtant M.Cho a commis un crime ? Qu’est-ce qu’il compte faire maintenant ?
- Monsieur Kane, vous allez probablement me punir pour ceci mais Hamilton n’a commis aucun crime, c’est moi, Monsieur
dit-il, penaud. Il a hésité et nous nous devons entre membres une solidarité sans faille.»

Le visage de Jake Kane se contracta, une veine sur son front semblait de plus en plus battante.

« Qu’est-ce que M.Cho a prévu de faire ? demanda-t-il.
- Il veut se dénoncer, enfin nous dénoncer… Mais je lui ai dit d’attendre.»

Un téléphone  portable sonna.

Neil le regarda totalement affolé.

« Qui est-ce ?
- C’est Hamilton, Monsieur
- Et bien répondez ! »

Totalement effrayé et à la fois obéissant, Neil décrocha.

« Ha… Hamilton… bredouilla-t-il, qu’est-ce qu’il y a ?
-
- Quoi, tu lui en as parlé mais tu es devenu complètement fou ?
-
- Non, attends, tu ne peux pas faire ça… Tu ne peux pas y aller dans cet état. Qui va vous croire ?
-
- Ok, écoute-moi, je t’ai dit d’attendre, ne prends pas une décision que tu pourrais regretter, il faut que tu y vois plus clair. Hamilton ? Hamilton ? »

Jake Kane observait la scène entre calme et agacement, un rictus au coin des lèvres.

« Quel est le problème, Neil ? l’interrogea-t-il.
- Hamilton en a parlé à sa petite amie, elle sait tout désormais. Elle veut qu’il aille voir la police.
- Mais ?
- Mais, ils sont drogués Monsieur, s’ils y vont dans cet état personne ne les croira, c’est certain, dit Neil.
- Il y a certaines choses qu’on ne peut pas laisser en attente. Vous pouvez disposer, Neil dit-il, je m’occupe de cette affaire désormais. Soyez rassuré, votre loyauté au sein du Castle n’est en rien compromise, bien au contraire...»

Pour la première fois depuis son entrée dans le bureau, le visage du garçon sembla esquisser un sourire.
Lorsqu’il eut quitté la pièce, Jake Kane se tourna vers la caméra de son bureau, et se saisit de son téléphone. Il composa un numéro.

Dans une pièce sombre, quelqu’un venait d’observer toute la scène depuis un écran de contrôle, un bip strident retentit, il décrocha :
« Oui, Monsieur Kane.
-
- Bien. »



Tout était en train de s’emboîter dans la tête de Veronica : l’overdose, Hamilton et Emma étaient morts parce qu’ils en savaient trop. Ils risquaient de compromettre l'organisation.
Elle tapa d’un point rageur sur la table.

« Shona avait raison dit-elle, depuis le départ »


Veronica était sous le choc. Elle se